dimanche 26 octobre 2008

François Laruelle et la Non-Philosophie

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Qui est François Laruelle ?


François Laruelle (né en 1937), est un philosophe français, inventeur d'une discipline baptisée par lui "Non-Philosophie".

Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, Agrégé de philosophie, Docteur d'État, il a commencé à enseigner à Arras, Paris et, en hypokhâgne, à Enghien.
Il a fait toute sa carrière universitaire à l'Université de Paris X (Nanterre) jusqu'en 2006 ; il a été plusieurs fois directeur d'études au Collège International de Philosophie.
Il est actuellement Professeur émérite à l'Université de Paris X (Nanterre).

Il a fondé et dirigé trois revues (Pourquoi pas la philosophie ? 1983-1985 ; La Décision philosophique, 1987-1989 ; Philo-Fictions, depuis 2009...) et trois collections d'ouvrages ("L'Invention philosophique" aux Éditions Aubier, "Nous, les sans-philosophie" chez l'Harmattan, et la "Bibliothèque de non-philosophie" aux Éditions Kimé).

On trouvera une bibliographie complète de ses articles et de ses ouvrages sur le présent site.



Qu'est-ce que la Non-Philosophie ?


1) Article initialement écrit pour Wikipédia à l'entrée "François Laruelle". Il se limite à une présentation de la pensée-Laruelle jusqu'à la période dite "philosophie III", comme expliqué ci-dessous. Il devrait donc être complété.

Avec François Laruelle, il redevient possible d'"inventer" en philosophie, "pour" la philosophie, d'après une posture résolument non - philosophique. On voudrait ici retracer brièvement la genèse d'une pensée exceptionnelle, dans sa double dynamique d'invention (philosophique) et de découverte (scientifique, non-philosophique).
La découverte de la pensée "en-Un" ou pensée humaine chez Laruelle s'est effectuée en trois étapes désignées par "Philosophie I, II, III" qui correspondent à des mutations et à des rectifications dans le sens d'une autonomie croissante de la pensée "en-Un" par rapport à la philosophie. La problématique de l'Individu et des Multiplicités, relayée récemment par celle de l'Homme et de l'Etranger, assure la continuité. 
"Philosophie I" commence véritablement avec Machines textuelles (1976). Laruelle s'appuie sur un quadrangle : Nietzsche, Heidegger, Deleuze et Derrida (soit la philosophie contemporaine des "différences"), dont il exacerbe et croise les divers modes dans une "syntaxe généralisée" pour tenter d'inverser le rapport des Autorités et des Minorités. Mais le paradigme de la Différence recolle à un universel et à une autorité toujours plus forte, celle de la "Philosophie". C'est elle, tout entière (et non plus seulement la métaphysique et ses avatars), qu'il fallait circonvenir dans une deuxième étape et désigner comme l'Autorité par excellence, depuis une pensée nécessairement "non-philosophique" dont les fondements étaient alors recherchés plutôt du côté de la science.
Le point fort de cette deuxième coupure fut l'identification du "Principe de Philosophie Suffisante" : un principe plus fondamental que le principe de raison et par lequel la philosophie se prétend co-extensive au Réel (en excluant le seul Réel non-philosophique ou non-philosophable, l'Un). Dans Une biographie de l'homme ordinaire (1985) ou Philosophie et Non-Philosophie (1989), Laruelle réintroduit les termes d'Un ou d'Identité dans la pensée, bravant les risques d'incompréhension que fait planer la charge métaphysique de ces concepts. L'Un en-tant-qu'Un, le Réel-comme-Un ou l'"immanence radicale" correspondent d'après Laruelle à une posture de type scientifique, une Vision-en-Un "antérieure" à l'auto-position et à la Décision philosophique. La philosophie procède toujours par division/synthèse, elle décide d'une distinction fondamentale dont elle se fait la solution, unique et unitaire, masquant par-là qu'elle est fondamentalement cette décision. A l'inverse, la science est créditée d'une pensée que lui refuse ordinairement la philosophie, un savoir immanent mais non circulaire du Réel (comme donné), demeurant opaque au Logos philosophique. Laruelle nomme alors Science (de) l'Un ou "Non-Philosophie" cette "science transcendantale" purement théorique. Bien sûr elle ne vise pas l'Un directement, mais procédant de l'Un unilatéralement (ou encore sous condition de l'Un), elle décrit les règles d'objectivité non-thétiques du (non-)Un. Celui-ci n'est donc pas le Réel mais son reflet, sans être encore le Monde (y compris le "Monde de Sophie" : la philosophie) qualifié plutôt de non(-Un) pour marquer sa résistance naturelle à l'Un. Or, c'est à partir du projet de constituer la Science première comme "science de la philosophie", qu'une dernière résistance philosophique est entrevue, au point de remettre en cause l'affinité particulière de la science et de la vision-en-Un.
En effet si "Science (de) l'Un" pouvait et devait s'entendre comme "Science-à-cause-de-l'Un", une "Science de la philosophie" en revanche ne pouvait qu'entretenir l'illusion d'une objectivation là où la philosophie n'intervient, en réalité, qu'à titre de matériau. Un des enjeux de cette rectification est la distinction, plus rigoureuse qu'auparavant, entre l'Un réel et l'Un transcendantal, entre la cause réelle de-dernière-instance et l'immanence propre au "Sujet (de) la pensée", clone du Réel-Un. Dans ses Principes de la Non-Philosophie (1996), François Laruelle propose alors une "Théorie unifiée de la science et de la philosophie". Non que la Théorie unifiée ne puisse conserver le nom de "Science première", mais la science prise globalement ne peut plus être créditée d'un privilège quelconque au regard de l'Un et de son savoir immanent. Après la métaphysique (Philosophie I) et la philosophie tout entière (Philosophie II), c'est maintenant tout le champ discursif comme tel (Philosophie III : philosophie + science) qui se trouve unilatéralisé, en quelque sorte hypothéqué. Laruelle revisite ainsi les champs des science humaines (Théorie des Étrangers), de la politique (Introduction au Non-Marxisme), de l’éthique (Éthique de l'Étranger), de la religion (Le Christ futur), en faisant « tourner » ces disciplines autour de l'« Homme » et non plus l'« Homme » autour de celles-ci. Pour autant il ne s'agit pas d'une révolution, mais dans le langage de Laruelle d'une « dualysation » (à partir de l'« Homme-en-personne ») de la culture philosophique.


2) Abrégé de la non-philosophie, par François Laruelle (début du texte)

"1.1.1. La non-philosophie est une discipline issue d'une réflexion sur deux problèmes dont les solutions ont finalement coïncidé : d'une part le statut ontologique de l'Un dans la philosophie qui l'associe explicitement ou non à l'Etre et à l'Autre sans lui accorder d'autonomie radicale ; d'autre part le statut théorique de la philosophie, qui est pratique, affect, existence, mais sans connaissance rigoureuse de soi, champ de phénomènes objectifs qui n'est pas encore dominé théoriquement."

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3) Nouvelle présentation de la non-philosophie, par François Laruelle (fin du texte)

"Finalement je vois les non-philosophes de multiples manières. Inévitablement comme des sujets universitaires ainsi que l'exige la vie dans le Monde, mais surtout comme des voisins de trois grands types humains. L'analysant et le militant politique, c'est évident, la non-philosophie est voisine de la psychanalyse et du marxisme, elle transforme le sujet en transformant de la philosophie. Enfin voisin de celui que j'appellerai le spirituel, surtout pas le spiritualiste. Les spirituels ne sont pas spiritualistes. Ce sont de grands destructeurs des forces de la Philosophie et de l'Etat réunies au nom de l'Ordre et du Conformisme. Les spirituels hantent les marges de la philosophie, de la gnose, de la mystique, même de la religion officielle et de la politique. Les spirituels ne sont pas seulement des mystiques abstraits et quiétistes, ils sont pour le Monde. C'est pourquoi une calme discipline ne suffit pas, l'homme y est impliqué comme son présupposé déterminant. La non-philosophie est donc voisine aussi de la gnose et de la science-fiction, elle répond à leur question centrale, qui n'est pas du tout le premier objet de la philosophie, faut-il sauver l'humanité et comment? Voisine aussi des révolutionnaires spirituels tel Müntzer et certains mystiques au bord de l'hérésie. Tous comptes faits, est-ce autre chose que la chance d'une utopie efficace? "

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3) Qu'est-ce que la Non-Philosophie ? - Préface du livre de J-D Blanco, Initiation à la pensée de François Laruelle (L'Harmattan, 1997), par F. Laruelle.

L'universalité de la non-philosophie
" La non-philosophie est une pratique radicalement immanente, et justement pour cette raison hétéronome, de la philosophie. Celle-ci est considérée et traitée dans son universalité, non dans son « tout » de tradition. Deux moyens pour cela. 1) Elle est examinée, du point de vue de son matériau, dans ses concepts et ses philosophèmes les plus singuliers, mais à la condition que ce donné philosophique ne reste pas à l'état d'un divers amorphe d'objets et d'énoncés - aucune science ne serait possible de ce non-objet - mais qu'il soit susceptible d'une première formalisation et sa factualité réduite de manière préalable à une structure qui est celle de la Décision philosophique (du mixte, du doublet empirico-transcendantal, etc.). 2) Elle est considérée, du point de vue de ce qui en elle est l'objet de la non-philosophie et non plus son matériau d'expérience, dans son identité plutôt que dans son « tout » et son « être ». La non-philosophie phénoménalise l'identité (de) ou pour la philosophie, identité qui vaut d'un certain nombre de structures a priori susceptibles d'expliquer le divers des propriétés philosophiques. C'est pourquoi, tant du point de vue de son matériau que de son objet de connaissance, elle est véritablement une pratique théorique de la philosophie et non de telle position en doctrine à l'exclusion des autres. Elle est un non-marxisme ou une non-phénoménologie, par exemple, en vertu de ses philosophèmes et de ses énoncés spécifiant ou effectuant la structure de la Décision philosophique et subsistant évidemment au cœur de son propre discours, comme chair de ses propes énoncés. " (Extrait, p. 34)


4) La page "Non-Philosophie" du Lexique de Laruelle composé par dm

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