mercredi 26 novembre 2008

Jean-Luc Rannou, La non-philosophie, simplement. Une introduction synthétique

L'Harmattan, 2005




PRESENTATION

Qu'est-ce que la non-philosophie, cette nouvelle discipline inventée par François Laruelle ? On répond à cette question en trois parties, qui correspondent aux trois moments essentiels du développement de la pensée laruellienne. Le premier moment élabore une science des hommes. La science des hommes s'oppose aux sciences de l'homme, gorgées de philosophie, qui n'étudient que des Autorités : langage, conscience, société, et jamais l'homme dans son identité réelle. Celle_ci est définie par la non-philosophie comme Minorité, ou solitude ordinaire. Après avoir étudié une identité réelle : l'homme ordinaire, il est possible de passer au deuxième moment. Celui-ci propose une théorie générale de la science comme théorie des Identités. L'Identité réelle est la cause de toute science, alors que la philosophie et toute idéologie en général n'élaborent que des mixtes transcendants qui visent un sens du monde, mais jamais le réel dans son identité multiple. Seule la science réalise la démocratie dans la pensée. Enfin, dans un troisième moment, la non-philosophie propose une véritable science éthique. Munie du socle d'une authentique science humaine, elle peut montrer que tout homme, comme Minorité qui existe Etranger au monde, est radicalement victime du mal. La victime est la cause réelle de l'éthique.


TABLE DES MATIERES

Première partie : Les Minorités
Chapitre 1 : Minorités, solitudes et Autorités
Chapitre 2 : Solitude ordinaire
Chapitre 3 : Pragmatique philosophique et pragmatique réelle

Deuxième partie : Les Identités
Chapitre 1 : Qu'est-ce que la science ?
Chapitre 2 : La science comme fractalité et chaos généralisés

Troisième partie : De l'Etranger à l'éthique de la victime
Chapitre 1 : Premiers principes d'une science humaine
Chapitre 2 : De la xénophilie radicale
Chapitre 3 : Hérésie de la victime


CRITIQUE

"Prenant acte de la difficile réception de cette oeuvre", Jean-Luc Rannou propose "simplement" une introduction synthétique à la non-philosophie de F. Laruelle. Il ne s'agit certes pas de simplifier, mais de rendre accessible à toute bonne volonté une théorie réputée difficile : l'intention pédagogique est donc manifeste dès le préambule. Ce n'est pas le premier ouvrage introductif sur la non-philosophie (cf. ceux de Blanco et de Choplin notamment), mais le seul qui se prétende aussi ouvertement synthétique. Toutefois, notons l'étrangeté d’une reconstitution synthétique basée sur quatre textes seulement (Une biographie de l’homme ordinaire, Théorie des Identités, Théorie des Etrangers, Ethique de l’Etranger), à l’exclusion notoire des deux ouvrages théoriquement fondamentaux que sont Philosophie et non-philosophie et Principes de la non-philosophie... C'est pourquoi il sera difficile d'accorder à ce travail le statut d'"ouvrage de référence" sur la non-philosophie ! De toute façon, nous ne pensons pas que la non-philosophie nécessite pareille introduction et synthèse ; pour notre part, nous reprocherions plutôt à cette "discipline" de s’auto-introduire encore trop complaisamment, à la manière de la philosophie, et nous aimerions des avancées plus significatives dans les domaines régionaux plutôt qu’une Nième présentation générale. Ensuite, dans le cas présent, il ne s'agit pas d'un ouvrage abordant les problèmes et les difficultés théoriques de la non-philosophie, mais d'une authentique réflexion sur l'Homme "ordinaire" et son existence "étrange". Réflexion d'obédience non-philosophique, certes, mais non dépourvue d'une certaine originalité confinant à la partialité : il s'agit bien d'une interprétation de la pensée laruellienne, ce qui évidemment ne constitue pas un défaut en soi.

Or cette lecture ne semble pas se reconnaître elle-même comme une interprétation particulière de la non-philosophie laruellienne, sinon elle ne se présenterait pas "simplement" comme une introduction et une synthèse. Nous tenons pourtant qu'il s'agit d'une lecture assez personnelle de l'oeuvre laruellienne. Recentrer de manière aussi spectaculaire la non-philosophie sur l'Homme, en tant qu’Un, correspond sans doute à une tendance confirmée de François Laruelle, mais cela peut accréditer la thèse ambiguë et de toute façon erronée d'une non-philosophie "humaniste". D’autre part l’"Homme-en-personne" qui inspire plus précisément et récemment Laruelle (‘philosophie III et IV’) n’est plus tout à fait l’homme "ordinaire" ou "minoritaire" thématisé lors de philosophie II, et que reprend très largement pour son compte Rannou. Nous pouvons comprendre une légitime fascination pour une œuvre comme Une biographie de l’homme ordinaire, qui est sans doute le plus beau livre de Laruelle, mais nullement le plus abouti ou le plus conforme aux axiomes actuels de la non-philosophie. Certaines assertions extraites telles quelles de BHO, non historicisées, ne sauraient passer aujourd’hui pour des énoncés non-philosophiques valides. Les réajustements très importants de 'philosophie III' ou de 'philosophie IV' par rapport à 'philosophie II' ne sont pas mentionnés.

Rannou réécrit donc la non-philosophie et se laisse emporter par un désir de convaincre qui le conduit à humaniser à outrance les énoncés non-philosophiques et donc parfois à les simplifier, comme s'il était possible en effet d'introduire "simplement" à la non-philosophie, au motif qu'elle serait la chose hors-du-monde la mieux partagée. Sur le fond, on conteste une certaine confusion des solitudes et des multitudes, ce qui apparaît inévitable dès lors que, par défaut d’abstraction, la non-philosophie (reconnaissons que c’est aussi la volonté de Laruelle) se veut une pensée rien-qu’humaine ; car il faut bien expliquer non seulement pourquoi l’homme est Un, mais encore pourquoi chaque homme est Un. C’est pourquoi, chez Rannou, l’Un se ramène expressément au chaque-Un, voire au… multiple : "l’Un est multiple parce que les individus sont multitudes" (p. 43).

Autre confusion tendancielle et récurrente chez les disciples de Laruelle, cette fois entre l'Un et la pensée-en-Un : page 24 la non-philosophie est présentée comme une science de l’Un en tant que "sujet et objet de cette science", une pensée de l’Un où "c’est l’Un lui-même qui pense sa propre expérience de lui-même" : non, définitivement, l’Un ne pense pas, l’Un ne s’auto-affecte pas, l’Un n’est pas expérience de soi, l’Un ne se contemple pas (même de façon irréfléchie)… Bref l’Un n’existe pas, laissant à son clone qu’il n’est pas le soin d’exister-Etranger (cf. ‘philosophie III’). Même chose page 37 : "L’Un est réellement sujet minimal et autonome de lui-même sans être un sujet pour un objet", ou page 40 : "L’Un et l’expérience de l’Un sont donc identiques". Evidemment ces formules contiennent une part de vérité, soit parce qu’elle correspondent à un stade du développement de la non-philosophie et à ce titre ont été avancées par Laruelle, soit parce qu’elles constituent des sortes de "variations" réglées (en fonction du matériau philosophique investi) d’énoncés non-philosophiques. Mais d’une part l’objet du présent livre n’est pas l’histoire de la non-philosophie, d’autre part le contexte n’est pas celui d’un essai expérimental générateur d’énoncés nouveaux.

Autre conséquence, la formulation de l’Un en terme d’"expérience" (avant toute position et toute transcendance) conduit à une conception ambiguë du "dual", page 54 d’abord : "Dual signifie fondamentalement qu’il y a deux expériences", page 68 ensuite et surtout : "Dans la non-philosophie, il y a véritablement deux côtés, avec d’un côté l’Un, les minorités, les solitudes, et de l’autre côté le Monde, les Autorités, les plénitudes". Or le concept de "dual" dépend rigoureusement de celui d’"unilatéralité" (d’où la "dualité unilatérale"), lequel indique précisément qu’il n’existe jamais qu’un seul côté – l’Un n’étant pas un côté.

Enfin page 35 revient la thèse, déjà présente dans La gnose non-philosophique, du Réel par essence partiel, ou de l’Un comme partie avant tout ensemble. Pour le coup, il s’agit bien d’une définition minimale et partielle du Réel ! Cette formule ne peut être donnée que sur la base d’une confusion – encore philosophique - de l’Un et des Multitudes, ou de l’Un et du "chaque-Un".

Introduction à la poésie élémentaire

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lundi 17 novembre 2008

Hughes Choplin, La Non-Philosophie de François Laruelle

Editions Kimé, 2000



COMPTE-RENDU

Hughes Choplin organise son approche de l'oeuvre laruellienne selon trois temps qui respectent les trois ordres constitutifs de la non-philosophie : le "climat" du projet non-philosophique (le choix de l'Un comme terme premier et préalable au penser), la logique non-philosophique c'est-à-dire le penser lui-même, et la nouvelle pratique philosophique que ce penser autorise. On peut également y associer les trois grandes catégories du radical, de l'uni-latéral, et de l'occasionnal. Mais l'auteur entend situer son commentaire dans un espace qu'il qualifie lui-même d'"intermédiaire" entre la philosophie et la non-philosophie, et toute la difficulté de son entreprise consistera à légitimer une telle posture qu'on pourrait qualifier de "neutre" ou d'"objective", affirmant la complémentarité nécessaire de la philosophie et de la non-philosophie. Or, justement, il existe deux manières radicalement différentes de poser une telle complémentarité, et il n'est pas sûr que la voie tierce choisie par Choplin ne reconduise pas à une synthèse de type philosophique... Le projet et le style même du livre ne se veulent-ils pas avant tout pédagogiques ? Il s'agit de s'adresser au lecteur philosophe ou dit "cultivé" pour le convaincre du bien-fondé et de la consistance indéniable du mode de penser non-philosophique, sans toutefois prendre parti pour celui-ci, ni bien sûr le présenter comme un simple au-delà du philosophique, ce qui reviendrait à affronter la philosophie sur son propre terrain.

lundi 10 novembre 2008

Introduction au Non-Marxisme

par François Laruelle
P.U.F., coll. Actuel Marx Confrontations, 2000





PRESENTATION

"Plutôt que de compliquer le marxisme par des interprétations philosophiques destinées à le rendre "concret" et "intelligible", on propose une autre voie de réforme : sa paupérisation philosophique, sa simplification interne, à la fois sa radicalisation et son universalisation pertinentes pour toute conjoncture possible, c'est-à-dire le capitalisme et la philosophie réunis dans la "pensée-monde". Une axiomatisation, transcendantale plutôt que formelle doit le désencombrer de ses postulats inutiles, historico-dialectiques et du concept philosophique des postulats.
A cette fin quatre voies sont prospectées qui doivent instaurer une pratique "non-marxiste" du marxisme. 1. La "détermination-en-dernière-instance" dont les philosophes ont méconnu l'originalité non-philosophique de causalité par immanence unilatérale et qu'il n'ont pu élucider par ensorcellement dialectique. 2. L'infrastructure comme immanence radicale du Réel travestie en matière et matérialisme. 3. L'identité sans synthèse dialectique de la science et de la philosophie, donc une réforme de la théorie et une discipline inouïe qui use de la philosophie sans en être une. 4. Un nouvel objet, posé comme une hypothèse adéquate au concept axiomatisé de l'infrastructure, non plus les formes socio-économiques du capitalisme mais la fusion du capitalisme transhistorique et de la totalité de ses conditions philosophiques de fonctionnement, c'est-à-dire de la philosophie en personne, dans l'universalité de la pensée-monde. Le programme non-marxiste ne nie pas philosophiquement le marxisme, il le pratique autrement pour retrouver son originalité théorique et humaine.
Aller à Marx plutôt qu'y faire retour, le connaître plutôt que le reconnaître..." (François Laruelle)



TABLE DES MATIERES

I. - INTRODUCTION : MARXISME ET NON-MARXISME
II. - THEORIE DE L'ECHEC DU MARXISME
III. - ENTRE PHILOSOPHIE ET NON-PHILOSOPHIE
IV. - DETERMINATION-EN-DERNIERE-INSTANCE
V. - LE STYLE DU NON-MARXISME
VI. - CONNAISSANCE. PRATIQUE. MATERIALISME
VII. - SUJETS-EN-LUTTE
VIII. - LA PENSEE-MONDE. CAPITALISME ET PHILOSOPHIE


LECTURE ANALYTIQUE


INM-0.0.0. / INTRODUCTION : MARXISME ET NON-MARXISME

INM-0.1.0. / l'hypothèse non-marxiste

INM-0.1.1. / il s'agit de retirer au M ses postulats philosophiques, l'appauvrir philosophiquement plutôt que d'y ajouter un nème amendement ou d'en proposer une nouvelle interprétation - ce qui est recherché : une universalisation de type scientifique qui soit simultanément transcendantale

INM-0.1.2. / cette universalisation porte autant sur son objet (le capitalisme et ses conditions philosophiques) que sur lui-même en tant que théorie et pratique, jusqu'à ses supposés échecs historiques - mettre en évidence un noyau non-marxiste universel pour le M et à partir de lui, comme matériau, symptôme et modèle

INM-0.1.3. / la prolétarisation du M n'a pas encore eu lieu, à cause même de ses divers amendements philosophiques - seule une pratique (théorique) non-marxiste du M peut nous éviter le cercle (théoriciste) d'un M appliqué à lui-même

INM-0.1.4. / une telle cause ne peut plus être immanente "au" M , c'est-à-dire marxiste elle-même, c'est une cause "par" immanence ou par identité, par l'immanence (du) Réel

INM-0.2.0. / entrer dans le programme

INM-0.2.1. / Premier phénomène-symptôme du M : son histoire récente, ses "échecs" - on ne décide pas (philosophiquement) si le M a échoué, mais on sait (non-philosophiquement) qu'il y a un symptôme d'échec à prendre en compte dans son universalité

INM-0.2.2. / 2è : sa conjoncture - à condition de renouveler ce concept lui-même marxiste, en y incluant de droit les échecs du M, pour former la conjoncture propre du non-M

INM-0.2.3. / 3è : son objet - le M lui suppose toujours une certaine universalité, mais liée à l'histoire (le "monde moderne", par ex.)

INM-0.2.4. / la non-philosophie transforme cet objet en Monde au sens le plus universel, soit le capitalisme et ses modes de fonctionnement (la contractualité par exemple) plus l'ensemble, structuré en essence, de ses conditions philosophiques : le capitalisme universel se soutient désormais de l'Idée même de la philosophie - cet ensemble économico-philosophique ne constitue plus la méthode, mais l'objet même du non-M

INM-0.2.5. / 4è : sa forme de pensée comme identiquement scientifique et philosophique - dans le M cette identité reste dialectique et donc philosophique (y compris sous sa forme maoiste : contradiction principal/secondaire) puisque la philosophie y apparaît deux fois, comme terme de la synthèse et comme synthèse - tandis que le NM est une théorie unifiée (et non unitaire) du M et de la philosophie, unifiant les moyens théoriques (scientifiques) et philosophiques depuis une identité réelle comme cause-par-immanence, et sous l'égide d'une logique spécifique non-dialectique : la détermination-en-dernière-instance

INM-0.2.6. / spontanément, science et philosophie sont croisés dans et par le M à la manière philosophique (matérialisme)

INM-0.2.7. / 5è : sa conception du Réel comme matière, son matérialisme - en NM le matérialisme ne peut être que le symptôme ou le modèle d'une instance qui universalise de manière immanente la matière - le matérialisme est une ontologie "écrasée" sur elle-même, un "dualisme moniste" qui relève bien de la Décision philosophique - mais cette coupure privative qui le distingue des autres philosophies est indicative d'une infrastructure plus réelle et plus immanente que les forces productives matérielles

INM-0.2.8. / le M renvoie la philosophie à l'état de position idéaliste, mais il le fait en la présupposant encore et la rejoignant par son usage de la dialectique - ses opérations restent philosophiques (et donc idéalistes), même si le présupposé du Réel est acquis face à la transcendance de la superstructure - mais d'un côté le Réel comme matière ou base immanente n'est pas l'immanence radicale, de l'autre la conscience et la superstructure n'épuisent pas toute transcendance - le M ne peut donc effectuer la théorie complète de la philosophie, ni objectiver les conditions corollaires d'un capitalisme vraiment universel - d'où son échec face à celui-ci

INM-0.2.9. / la position matérialiste peut être vue comme le symptôme d'une immanence réelle non positionnelle de soi, c'est-à-dire non prélevée sur la positionnalité philosophique - c'est l'immanence de l'identité comme telle et non celle de l'individu concret (vivant, travaillant) - elle conditionne une transcendance large, une aliénation "mondaine" économico-philosophique, dont la conscience n'est qu'une figure symptômatique réduite : entre deux, intervient une causalité de l'identité réelle dont la "causalité-en-dernière-instance" des marxiste n'est elle-même qu'un symptôme limité


INM-1.0.0. / THEORIE DE L'ECHEC DU MARXISME


INM-1.1.0. / échec des explications de l'échec. désertion et ressentiment

INM-1.1.1. / il n'est pas question de laisser aux déserteurs (du M ou de la pensée en général), ni inversement aux tenants du "retour", le soin de commenter le supposé échec du M

INM-1.1.2. / ne pas fuir le M mais aller vers lui, et l'assumer dans une posture susceptible de donner l'explication de cet échec comme d'une nouvelle conjoncture

INM-1.1.2. / les échecs du M sont multiples, hétérogènes et incommensurables

INM-1.1.3. / un échec de type scientifique ? - en fonction du critère de Popper, l'hypothèse de son universalité aurait été contredite expérimentalement et infirmée, mais pour cette raison même elle conserverait sa positivité scientifique et ne serait pas la sanction d'une thèse métaphysique sur l'histoire

INM-1.1.4. / un échec de type philosophique ? - s'il y a une obsolescence philosophique du M, elle n'a pas plus de validité que l'obsolescence continue des décisions philosophiques qui forment la tradition - comme philosophie, le M n'a pas d'objet, sinon l'Etre (comme matière), mais il veut intervenir dans l'histoire qu'il ne fait que transcender - l'échec était inévitable, mais ce n'est pas l'échec qui est mauvais, c'est la croyance qu'une philosophie particulière (le matérialisme dialectique) était la philosophie pour le prolétariat et donc pour l'homme

INM-1.1.5. / le M n'est ni science ni philosophie séparées, mais l'unité des deux sur le mode encore divisé de la philosophie - le refus (par Marx d'abord) d'élucider la structure théorique ultime de la doctrine engendre un sentiment confus d'échec

INM-1.2.0. / conjoncture universelle. " fin de la métaphysique" ou "échec du marxisme" ?

INM-1.2.1. / la conjoncture adéquate est le M inséparable de son échec autant qu'irréductible à lui - son échec supposé cesse d'être une simple supposition pour acquérir la réalité d'une conjoncture universelle

INM-1.2.2. / c'est donc notre conception mondaine de la conjoncture comme "historique" que nous devons transformer par une conjoncture qui ait la forme du Monde - peut-être l'échec du M est-il plus profond que son seul passage à l'acte ou au réel de l'histoire, peut-être y a-t-il un échec plus profond qui relève d'une illusion transcendantale propre à ce genre de théories encore dominées par la philosophie

INM-1.2.3. / le concept M de la conjoncture (lui-même historiciste, par exemple l'argument d'une "nouvelle donne capitaliste") ne peut expliquer l'échec du M - il importe de forger un concept nouveau de la conjoncture : non plus comme simple accident ou présent historique mais comme mode de la pensée-monde, capable de servir de matériau non-historique, lui-même universel, au NM - s'il y a une insuffisance dont le M souffre, elle est dans le manque de radicalité, "anti"-capitaliste dans la position et la définition des présupposés nécessaires à une critique complète, non-capitaliste, du capitalisme, et plus largement non-mondaine de la pensée-monde - elle est dans l'identité transcendante, donc non radicale, par laquelle il définit l'instance du Réel ou de l'infrastructure

INM-1.2.4. / co-existant avec l'horizon du M, lui co-appartenant, l'échec remplit alors une nouvelle fonction dite "occasionnale" - non de simple occasion historique pour "renouveler" le M à la manière des néo-marxistes, mais de causalité théorique ou d'invention d'un NM, d'une répétition-sans-retour

INM-1.2.5. / le défaut d'identité réelle est aussi le désir d'une identité mondaine, et l'échec historique ne peut que sanctionner ce désir d'identité qui seul le NM peut identifier ainsi

INM-1.2.6. / la nouvelle occasionnalité définie est davantage qu'une simple opportunité (révision, refonte, etc.) - de totue façon il ne s'agit plus d'intervenir (sur) mais d'inventer (à partir de)

INM-1.3.0. / des aspects de l'échec à leur cause-de-dernière-instance

INM-1.3.1. / ne pas rester dans l'échec tout en impliquant cet échec dans l'essence du M

INM-1.3.2. / il faut une découverte "inactuelle" (un Réel non-matériel et non-historique) pour faire apparaître son actualité future, à inventer - on ordonnera l'ensemble du Matérialisme historique et dialectique non pas directement à cette nouvelle infrastructure mais à une théorie selon celle-ci et qui usera du M comme d'un matériau de symptômes et de modèles restreints pour l'élaboration de ses propres catégories

INM-1.3.3. / le M est une théorie universelle du Monde, mais avortée, encore sous l'emprise d'une téléologie philosophique - le problème de sa radicalisation est d'isoler ce noyau d'universalité seulement symptômale

INM-1.3.4. / le M reste abstrait par manque d'universalité, de réalité, de radicalité, plutôt que par mauvaise adaptation aux avatars des sociétés et aux devenirs de l'histoire - son échec s'explique par l'impuissance précisément de son empirisme global qui en fait encore une interprétation du Monde (Réel = forces productives, Philosophie = idéologie, Théorie = science + philosophie, Logique = dialectique, etc.)

INM-1.3.5. / le problème du NM n'est pas celui des textes, du programme et des intentions de Marx, mais de son style théorique - le style, en tant que déterminé selon l'Identité radicale (soit le Réel comme immanence d'infrastructure)


INM-2.0.0. / ENTRE PHILOSOPHIE ET NON-PHILOSOPHIE


INM-2.1.0. / rendre réel et intelligible le marxisme

INM-2.1.1. / que le M ait "manqué" le Réel n'est pas une constatation mais une hypothèse théorique d'un style nouveau

INM-2.1.2. / la non-philosophie renonce à l'identification parménidienne de l'être et de la pensée dans le Même

INM-2.1.3. / la philosophie prétend ainsi "réaliser" autant que "penser" le M de plusieurs manières - 1) en lui apportant un fondement réel dont il est supposé manquer (la non-philosophie se propose au contraire d'identifier le réel NP que M indique de façon symptômale)

INM-2.1.4. / 2) la philosophie s'autorise à indiquer au M comment transformer le monde (son rêve de toujours) - la non-philosophie se contente d'assurer l'autonomie (relative) de la superstructure, comme objet de sa pratique, plutôt que de la déduire de façon idéaliste de l'infrastructure - cela implique bien sûr un autre concept du Réel dont l'infrastructure matérielle ne serait plus qu'un mode

INM-2.1.5. / 3) la philosophie prétend détenir le noyau rationnel (dialectique) de la détermination en dernière instance (DDI), alors qu'il s'agirait plutôt d'indiquer son noyau réel - philosophiquement, la DDI est inintelligible comme l'est le mécanisme ultime de toute transcendance

INM-2.2.0. / théorie unifiée du marxisme

INM-2.2.1. / transformations nécessaires pour débarrasser le M des antinomies philosophiques qui l'encombrent

INM-2.2.2. / une uni-versalisation du concept de "base" ou d'infrastructure, sous forme d'une immanence radicale (présupposé "réel")

INM-2.2.3./ une uni-versalisation syntaxique, sous la forme d'une axiomatisation de la causalité dite "DDI" (causalité autre que matérielle)

INM-2.2.4. / une théorie unifiée de la science et de la philosophie

INM-2.2.5. / une unification toujours en-dernière-instance des autres antinomies comme théorie et pratique, etc.

INM-2.2.6. / une levée de la suffisance philosophique et une crique de l'hallucination-monde, qui va au-delà de la critique M de l'idéologie

INM-2.2.7. / une transformation du concept de "science (historique) de l'idéologie" vers une "science transcendantale" identiquement scientifique et philosophique de la pensée-monde

INM-2.2.8. / il importe de retrouver l'axe probable du marxisme comme style théorique émergent et universel - d'une part, on garde le type général d'hypothèse selon lequel le Réel détermine en-dernière-instance la théorie qui lui est adéquate, mais en le transférant sur le terrain du Réel immanent - d'autre part la Théorie comme unification de la philosophie et de la science, mais cette fois sans les synthèses abstraites de la philosophie (par exemple la distinction du matérialisme dialectique de du matérialisme historique)

INM-2.2.9. / Marx découvre pratiquement la théorie unifiée de l'histoire-société, mais d'une part il la restreint d'emblée à cet objet et d'autre part il ne l'extrait pas d'une primauté principielle de la philosophie

INM-2.3.0. / le marxisme, avorton, matériau, symptôme, modèle restreint

INM-2.3.1. / on distingue plusieurs manières de considérer le marxisme en tant que "matériau

INM-2.3.2. / le vice congénital du marxisme, c'est l'effectuation précipitée, sur un mode globalement philosophique, de l'expérience du Réel et de la forme de pensée qu'il exige - il n'est ainsi qu'un avorton théorique une science non transcendantale (non réelle en-dernière-instance) mettant en place un semblant de théorie unifiée : la coupure matérialisme historique / matérialisme dialectique

INM-2.3.3. / la doctrine marxiste et sa tradition sont prises ensemble comme un symptôme d'un statut inséparablement théorique et expérimental

INM-2.3.4. / la position marxiste dans la philosophie est le symptôme d'une posture plus universelle (uni-verselle) que la philosophie

INM-2.3.5. / le concept fondamental de la syntaxe qui nous sert de symptôme est celui de la DDI, propre au MH, tandis que le concept du Réel qui nous sert de symptôme est celui de la matière et de son immanence, propre au MD

INM-2.3.6. / avec le NM, tout le système d'axiome du M est déplacé uni-latéralement de la fonction de détermination (tenue par la non-philosophie) à celle de cause occasionnale

INM-2.4.0. / le côté philosophique du marxisme

INM-2.4.1. / chez les post-modernes, la généralité "idéologique" du texte est devenue la référence obligée pour s'interdire de poser le problème de l'"identité" (du marxisme) et pour croire que l'on va par ce moyen se débarasser de la "totalité"

INM-2.4.2. / le matérialisme est seulement anti-philosophique et se complète toujours d'une pratique idéaliste-philosophique

INM-2.4.3. / le M est philosophique par ses références hégéliennes et plus profondément par son fond platonicien refoulé

INM-2.4.4. / le M entretient à la philosophie un rapport à la fois interne et externe

INM-2.5.0. / normalisation philosophique

INM-2.5.1. / innombrables sont les tentatives pour rendre le M philosophiquement acceptable

INM-2.5.2. / les deux excès extrêmistes de la pensée marxiste : la tradition M-léniniste comme philosophie à l'usage du prolétariat, et le refus du même léninisme, le retour à l'immanence soit des textes soit de la force de travail (Henry)

INM-2.5.3. / la normalisation philosophique du M, opérée dès Marx, est sa déviation principale

INM-2.5.4. / le M est encore davantage une interprétation du Monde qu'une transformation du Monde - Marx est un "non-philosophe" dans la stricte mesure où la philosophie peut toujours se dénier elle-même sous la forme du matérialisme, pas au-delà

INM-2.6.0. / pratique non-marxiste de la philosophie

INM-2.6.1. / arracher le M à la métaphysique est une illusion tant qu'il n'est pas arraché à la suffisance philosophique, croyance au Réel et désir du Réel - changer réellement de terrain, c'est admettre l'être-donné du terrain, et c'est acquérir axiomatiquement un nouvel objet, la pensée-monde comme unification du capitalisme et de la philosophie - depuis le terrain du Réel radical, forclos à la théorie, on peut identifier dans le matériau M la droiture d'une intention théorique d'unification intime de la science et de la philosophie

INM-2.6.2. / on propose un minimalisme, mieux un paupérisation du M

INM-2.6.3. / comment faire de la philosophie un simple apport, à égalité aux autres, dessaisi de sa suffisance, sinon en la déterminant en-dernière-instance par un Réel non-politique autant que non-scientifique et que non-philosophique ? - le non- ne peut avoir d'autre "contenu" que l'immanence radicale du Réel

INM-2.7.0. / découvrir l'identité du marxisme

INM-2.7.1. / connaître le M plutôt que le reconnaître, le découvrir plutôt que le redécouvrir

INM-2.7.2. / il s'agit de défaire le Principe de M suffisant par une conception non-suffisante de la base réelle ou de l'infrastructure

INM-2.7.3. / non plus couper avec Hegel mais couper avec la philosophie comme suffisance (ce qui ne doit pas se donner à son tour comme une tâche interminable)


INM-3.0.0. / DETERMINATION-EN-DERNIERE-INSTANCE


INM-3.1.0. / première élucidation de la Détermination-en-dernière-instance (DDI)

INM-3.1.1. / inventée par Marx et Engels dans la cadre restreint du matérialisme historique, la DDI n'a pu produire tous ses effets théoriques et critiques - plutôt que de la plier à la philosophie et à la dialectique, nous devons exhiber ses formes marxistes comme autant de symptômes et de modèles d'un concept de DDI autrement plus radical

INM-3.1.2. / phénoménologiquement, la DDI apapraît d'abord comme une forme de causalité à la fois unique et insuffisante, donc qui en appelle une seconde tout autant insuffisante

INM-3.1.3. / toute causalité seconde se doit par définition d'en passer par elle et sa syntaxe sans synthèse d'ordre infrastructurelle

INM-3.1.4. / son caractère d'invariant ou de constante de la "dernière instance"

INM-3.1.5. / ces traits a priori restent à expliquer cette fois selon la conception immanente de l'infrastructure

INM-3.2.0. / mésaventures de l'immanence (de Spinoza à M. Henry)

INM-3.2.1. / en philosophie, l'immanence a toujours été un objet ou un objectif, jamais une méthode de penser

INM-3.2.2. / une question revient fréquemment : comment ressourcer philosophiquement le marxisme

INM-3.2.3. / mais il faut une identité plus immanente que celle de Spinoza, une cause sans synthèse, qui soit par ailleurs immanente à cette identité et non rattachée à une cause extérieure aliénante (version M. Henry)

INM-3.2.4. / M. Henry projette le Réel dans une transcendance et donc confond l'immanence réelle avec une immanence transcendantale présentée comme réelle, soit l'auto-génération de la Vie - en tant que réelle, la DDI ne rentre pas dans les quatre formes de la causalité de l'Etre

INM-3.2.5. / le NM ne pose pas le primat de la matière sur la conscience, mais de l'Un réel sur la dyade matière/conscience, et en général du Réel sur la thèse (du) Réel - passer du terrain de la transcendance et de la représentation au terrain de l'immanence radicale (comme M. Henry, mais pas réelle) et à celui du Réel (comme Spinoza, mais pas radical)

INM-3.2.6. / le Réel radical est irréductible à la "force de travail", qui représente plutôt le moment du sujet prolétarien

INM-3.2.7. / la coupure matérialiste, même à poser le Réel, ne sort pas de la philosophie (donc de l'idéalisme)

INM-3.3.0. / amphibologies du matérialisme

INM-3.3.1. / les concepts de "pratique" et de "contradiction", chez Marx, assument la continuité dialectique entre l'histoire et la théorie - le Réel et l'économie forment alors une amphibologie sous la forme de la "dernière instance" assimilée aux forces productives

INM-3.3.2. / le fait de confondre la cause réelle et la cause occasionnale (économique par exemple), revient à sacrifier la première et corrélativement, du côté objet, à court-circuiter la médiation de la forme-philosophie comme appartenant à la pensée-monde dans l'appréhension de la superstructure, c'est donc revenir à une causalité de type mondaine

INM-3.3.3. / le NM substituera partout, du point de vue syntaxique, la dualité uni-latérale à la contradiction, à la lutte ou la division, qui sont des opérateurs philosophiques transcendants

INM-3.4.0. / insuffisance de la détermination-en-dernière-instance (DDI) marxiste

INM-3.4.1. / dans la DDI, la détermination n'est pas un acte auto-positionnel de type critique-kantien, ici c'est bien le déterminé, le réel, comme matière-sans-détermination, qui fait la détermination

INM-3.4.2. / le déterminé-sans-détermination ne se ramène pas à l'infrastructure empirique, mais inclut l'immanence réelle de celle-ci

INM-3.4.3. / la DDI n'a de sens que pour un Réel comme Un-en-Un, immanence radicale vidée de toute forme ontologique spécifiante

- en tant que "dernière instance" elle est inaliénable par ses effets, et tout autre instance causale doit en passer par elle... en-dernière-instance seulement, c'est-à-dire qu'elle réserve l'autonomie relative de ces formes causales secondaires - c'est cela le noyau "réel" et non rationnel de la dialectique

INM-3.4.4. / la causalité de l'infra- sur la superstructure n'est pas élucidée par Marx comme imbrication originale de l'immanence et de la transcendance que l'on nomme "clonage"

INM-3.4.5. / d'une certaine manière, le NM exprime l'identité des deux interprétations contemporaines du M (Althusser et Henry), l'une développant l'aspect de transcendance et l'autre l'aspect d'immanence

INM-3.4.6. / dans le M la DDI ne survit pas sans le secours de la dialectique

INM-3.4.7. / le clonage, c'est la capacité que possède le Réel de déterminer-par-immanence ce qui lui est le plus hétérogène, la pensée

INM-3.4.8. / en tant que cause par immanence, le Réel détermine tout aussi bien la connaissance de sa propre syntaxe, de sa causalité, justement par le clonage - l'objet X à connaître doit d'une part être éprouvé comme radicalement immanent (objet de la Vision-en-Un) pour pouvoir lui-même déterminer sous cette forme, d'autre part, sa propre connaissance

INM-3.4.9. / vu-en-Un, affecté d'immanence ou capable de DDI, un objet X peut se cloner à partir du matériau qu'est sa transcendance - dès lors, tout X en-Un peut se dire aussi bien transcendantalement de X en tant qu'il est donné dans sa transcendance d'objet à connaître - il n'y a plus de différence, en-dernière-instance, entre la DDI et sa propre théorie, ou entre la force (de) pensée et la théorie de celle-ci

INM-3.4.10. / c'est bien parce que l'objet connu détermine en-dernière-instance la connaissance (hétérogène a priori) de l'objet, que cet objet est identiquement cause-de-dernière-instance de sa connaissance et objet connu

INM-3.5.0. / mécanisme de DDI. clonage de la superstructure

INM-3.5.1. / l'immanence radicale peut affecter tout X et le constituer en "base réelle", mais c'est elle qui soutient la DDI, ce n'est pas X

INM-3.5.2. / la DDI n'existe pas dans le Monde, la matière du Monde ne le permet pas

INM-3.5.3. / tout objet X reçoit non seulement le statut d'infrastructure mais garde tout autant celui de superstructure - cela signifie que X doit être aussi toujours considéré dans son autonomie relative ou dans la transcendance avec laquelle il se donne depuis le Monde, c'est-à-dire depuis le capitalisme universel

INM-3.5.4. / ainsi le mode de donation de X est double : comme donné-sans-donation ou radicalement immanent, et comme donné-par-donation sur le mode de la transcendance capitaliste et de son autonomie relative - l'immanence réelle n'absorbe pas, ne combat pas la transcendance mondaine, mais elle est capable de la "recevoir" et même de la donner/déterminer comme autonomie relative

INM-3.5.5. / dans le cadre de cette "réduction" de X, l'immanence ou le Réel vaut pour la transcendance, comme telle, de X, mais s'y est ajoutée, en rapport avec cette transcendance, une fonction transcendantale (le clonage) qui est la donation de son autonomie relative (en plus de son essence de réel)

INM-3.5.6. / d'une part X est forclos à lui-même comme transcendant (en tant que donné-sans-donation), mais d'autre part il est forclos à lui-même seulement comme suffisant (dans l'autonomie relative qui est celle de sa transcendance unilatéralisée) - encore une fois ce n'est pas l'objet lui-même mais sa transcendance qui, stérilisée, est donnée comme objet et donc appelle une fonction transcendantale du Réel

INM-3.5.7. / l'uni-versalité de la DDI et du Réel implique une certaine indifférence, qui n'a rien de formelle

INM-3.6.0. / théorie identiquement scientifique et philosophique de la DDI

INM-3.6.1. / la vision-en-Un donne le mixte épistémo-logique de la philosophie et de la science

INM-3.6.2. / la structure propre de la DDI ne se ramène pas à la dualité de la science et de la philosophie, mais le mixte épistémo-logique est le seul matériau pour le clonage

INM-3.6.3. / la DDI ne divise ni n'unit dialectiquement, mais elle unit-sans-unité ou par-identité, au moyen d'une Théorie unifiée

INM-3.6.4. / en NM, la fonction de base réelle immanente est tenue par le capitalisme universel, vu-en-Un ou en-infrastructure - cette base détermine en-dernière-instance sa propre théorie, identiquement scientifique et philosophique

INM-3.6.5. / le NM obéit lui-même à la DDI, comme à la causalité qui le détermine

INM-3.6.2. / la DDI apparaît comme le noyau réel de la dialectique matérialiste, en-deça de la dyade marxiste du matérialisme historique et du matérialisme dialectique


INM-4.0.0. / LE STYLE DU NON-MARXISME


INM-4.1.0. / style théorique et pratique de la dualité uni-latérale. L'uni-latéral comme noyau réel de la contradiction

INM-4.1.1. / le matérialisme parvient à nommer des dualités unilatérales (MH et MD par exemple), mais pour les réinscrire aussitôt dans un horizon de réciprocité typiquement philosophique - la dualité bilatérale "revient" à une identité supérieure non avouée

INM-4.1.2. / le style non-marxiste introduit à une radicalité de la pratique, là où le style philosophique reste une technologie transcendantale, et finalement une interprétation - le couple interprétation/transformation doit lui-même être unilatéralisé - le non-marxisme n'est pas révolutionnaire mais rebelle ou, mieux, hérétique, parce que la pratique théorique uni-latérale n'est réductible ni à l'illégalisme ni à la loi

INM-4.1.3. / les théories unifiées sont des organon uni-versels, mais spécifiés régionalement, destinés à transformer les mixtes régionaux-fondamentaux de la pensée-monde

INM-4.1.4. / ce sont des organon transcendantaux plutôt que logiques, produisant une pensée pour le monde, sur la base d'un réel-sans-réalité qu'elle-même n'est en aucun cas

INM-4.2.0. / Répétition uni-latérale du marxisme

INM-4.2.1. / le NM ne dépasse pas le M, et ne le rectifie pas seulement en théorie : il va vers lui, il le découvre en "non-" tel un effet du Réel

INM-4.2.2. / pas plus que la philosophie elle-même, l'histoire n'est autre chose qu'un simple apport (du point de vue du matériau) et un simple aspect (dans la théorie unifiée) pour la théorie unifiée NM

INM-4.3.0. / le style de l'uni-versel. Le marxisme, spécification du non-marxisme

INM-4.3.1. / l'universel devient le "style" de certaine disciplines (la généralité et la représentation restent celui de la philosophie) - l'universel s'applique seulement à l'identité radicale, sans la division de la représentation, sans ses modes de généralité et de totalité

INM-4.3.2. / l'universel ne va pas de l'expérience vers l'Idée, mais de l'abstrait axiomatique du Réel vers l'expérience, par la voie d'une explication transcendantale et a priori

INM-4.3.3. / on fait du Matérialsme historique la simple spécification d'une axiomatique uni-verselle - la conjoncture cesse d'être déterminante pour la définition a priori du M, surtout dans son essence universelle

INM-4.4.0. / théorie unifiée. Marx et Freud comme symptômes

INM-4.4.1. / Marx et Freud sont les symptômes d'une discipline distincte de la science et de la philosophie

INM-4.4.2. / le programme des théorie unifiées est l'uni-versalisation, non-philosophique et non-encyclopédique, des savoirs existants

INM-4.4.2. / elles usent de la philosophie et des sciences humaines, tout en faisant cesser la guerre entre elles

INM-4.4.3. / mais le théorique unifié est avant tout performation, pratique déterminée en-dernière-instance par la praxis réelle

INM-4.4.4. / le NM est une théorie unifiée à double-unique aspect théorique (scientifique et philosophique) et à à double-unique objet (l'économie et la philosophie comme contenu unifiée de la pensée-monde)

INM-4.5.0. / déviations et "goût" marxiste. En quel sens tous les marxismes sont "imaginaires"

INM-4.5.1. / la mauvaise compréhension du style théorique du M a induit bien des erreurs d'évaluation, des déviations et des effets d'orthodoxie - il y a un "goût" marxiste pour la contradiction, pour l'autonomie relative des aspects de la doctrine

INM-4.5.2. / chaque déviation qui provient du surinvestissement d'un aspect, témoigne d'une prétention philosophique à l'englobement

INM-4.5.3. / un sens de la réversibilité et de la convertibilité qui montre que le M lui-même est imaginaire, comme peut l'être une synthèse philosophique

INM-4.6.0. / théorie des "aspects". Objets unilatéraux et objets partiels. Autre-sans-altérité

INM-4.6.1. / la théorie unifiée utilise ses sources comme autant d'aspects unilatéralisés et déterminés par le Réel - la théorie est un clonage producteur d'aspects radicaux ou d'identités uni-latérales

INM-4.6.2. / l'"infrastructure" au sens NM comprend l'un-identité, l'uni-versalité (donnant la pensée-Monde), et l'uni-latéralité (faisant de la pensée-Monde une identité)

INM-4.6.3. / les objets uni-latéralisés ne peuvent être dits "partiels" au sens de Deleuze - de son "côté" le Réel n'est pas une substance à un attribut, et son universalité n'est pas celle, transcendante, de l'attribut

INM-4.6.4. / le clone dément la hiérarchie philosophique Un/Autre, toujours réversible, et lui substitut un Autre-sans-altérité, l'Un (de) l'Autre, l'Autre que..., ou tout simplement le clone

INM-4.6.5. / la pensée prise comme objet est le mixte de la philosophie et de la science

INM-4.6.6. / du fait de leur base réelle, un parallélisme unilatéral caractérise la structure de ces attributs-clones

INM-4.6.7. / chaque source parallèle doit être portée en-dernière-instance aux trois caractères de la base réelle : un-identité, uni-versalité, uni-latéralité - elle y acquiert alors une force d'hérésie

INM-4.6.8. / ainsi l'aspect n'est pas autre chose que l'Identité de l'hérésie

INM-4.7.0. / les mille sources du non-marxisme

INM-4.7.1. / la multiplicité des sources du M n'est pas un signe de faiblesse, elle est symptômatique d'une théorie unifiée future

INM-4.7.2. / la cohérence du philosophique, du politique et de l'historique reste mal interprétée d'un point de vue dialectique ou même structuraliste, tant que le philosophique omniprésent et son idéalisme ne sont pas affrontés comme tels

INM-4.7.3. / le NM explique uni-versellement le M comme une théorie à n-côtés uni-latéraux, à l'occasion des mille sources du M

INM-4.7.4. / la non-séparabilité de la philosophie, de la politique, de l'histoire, etc. doit être pensée partir de son lieu d'origine, qui la détermine en-dernière-instance, soit le Réel

INM-4.8.0. / axiomatisation transcendantale du marxisme. Thèses et catégories, axiomes et termes premiers

INM-4.8.1. / Marx et Freud proposent une quasi-théorie unifiée, en substituant à l'approche synthétique des sciences qui caractérise la philosophie, une quasi-axiomatisation transcendantale - la théorie unifiée est d'abord celle de l'axiomatique scientifique et de l'axiomatique philosophique - "transcendantal" se dit de la théorie en tant que déterminée-en-dernière-instance par le Réel

INM-4.8.2. / dans le M, cette forme semi-axiomatique est celle de la thèse, équivalent théorique de la "dernière instance" ou position comme base réelle, réalisant la coupure d'avec la Décision philosophique - mais cette position (matérialisme oblige) se pose elle-même comme réelle...

INM-4.8.3. / les axiomes NM se présentent comme des fonctions transcendantales ou des sujets-Etrangers théoriques

INM-4.8.4. / comme théorie des catégories matérialistes, le M reste au fond une ontologie tronquée, sans clôture systématique

INM-4.8.5. / les catégories matérialistes restent partiellement intuitives, et donc absolutisées dans la pensée-Monde

INM-4.8.6. / du prolétariat au sujet-Etranger et du désir de révolution à l'hérésie non-révolutionnaire

INM-4.8.7. / l'axiomatique universelle du NM doit pouvoir interpréter conjoncturellement et traduire l'un dans l'autre tout M passé ou à venir, sans l'appauvrir quantitativement mais en traitant ses axiomes comme autant de symptômes

INM-4.9.0. / de la problématique à la théorie unifiée

INM-4.9.1. / le NM ne peut pas être rabattu sur une problématique de type structurale (Althusser)

INM-4.9.2. / la problématique est une structure transcendantale absolue de production théorique

INM-4.9.3. / sa constitution propre est celle de la "différence" et son matériau est le "discours"

INM-4.9.4. / c'est une double articulation, horizontale et verticale : celle du trait différentiel (sémantique ou ontologique) d'abord, comme base quasi-ontologique, puis celle des différentes problématiques hiérarchisées ou emboîtées

INM-4.9.5. / la problématique émerge elle-même en tant qu'Autre théorique

INM-4.9.6. / la problématique est l'axiomatique du matérialisme historique, censée lui apporter sa philosophabilité

INM-4.9.7. / au contraire, si la théorie unifiée (NM) est la condition de possibilité transcendantale du M, elle n'est pas absolue et n'engendre pas le M, qu'elle transforme seulement

INM-4.9.8. / sa constitution n'est plus la syntaxe de la différence mais l'unitaxe de l'unilatéralité

INM-4.9.9. / elle n'a pas de dimension, de topologie spécifique, si ce n'est l'immanence raidicale

INM-4.9.10. / elle n'est plus l'émergence de la théorie (philosophie) comme Autre, mais celle du NM comme Un (de) l'Autre

INM-4.9.11. / tout ceci relève également de la DDI et du refus de l'homogénéité de la "différence"

INM-4.9.1. / le clonage non-marxiste, en tant qu'immanent, ne produit pas une identité comme double ajoutée, mais l'identité du double

INM-4.10.0. / de la coupure épistémologique à la théorie unifiée

NM-4.10.1. / la coupure épistémologique entre science et idéologie, trop empirique, n'est que le symptôme d'une coupure plus radicale entre théorie unifiée et théorie unitaire

NM-4.10.2 / mais le paradigme (post-moderne) de la coupure, identifiant le Réel à l'Autre, ne convient plus à la pensée uni-latéralisante (selon l'Un), étant lui-même justement unilatéralisé

NM-4.10.3. / cette science transcendantale qu'est le NM n'a pas seulement pour objet une idéologie (Althusser), elle se présente comme théorie et pragmatique de la pensée-Monde

NM-4.10.4. / toute décision NM est le clone d'une coupure épistémologique, dans sa double composante d'événement singulier et de procès continu

NM-4.10.5. / la décision non-marxiste, déterminée par le Réel et vécue par le sujet-Etranger comme une identité-de-dernière-instance, n'engage à aucune intervention pratique dans le Monde : elle est déjà pleinement pratique

NM-4.10.6. / la théorie (ou sujet-existant-Etranger) désigne l'identité de la science et de la philosophie - elle se fait l'invariant des différentes variantes de la science non-philosophique


INM-5.0.0. / CONNAISSANCE. PRATIQUE . MATERIALISME


INM-5.1.0. / du cognitif au cognostique

INM-5.1.1. / la DDI, via la science transcendantale, intègre ces deux rapports à l'objet que sont la science et la philosophie

INM-5.1.2. / matrice scientifique de la connaissance : soit un X donné sous sa forme philosophie-monde, il est donné-en-infrastructure ou en-immanence et en même temps uni-latéralisé ou séparé-sans-séparation (de) soi - la matrice se présente sur le mode réel du donné, hors de tout idéalisme, en sorte que la connaissance théorique n'est pas une simple représentation de l'objet connu limitée à sa donation empirique ; elle s'explique d'abord par le rapport immanent de la cause (réelle) de la théorie à son objet propre

INM-5.1.3. / la posture théorique, plutôt immanente et uni-faciale, ne consiste pas en un face-à-face avec l'objet mondain

INM-5.1.4. / il faut radicaliser la distinction althussérienne entre objet réel et objet de connaissance, réalité et concret-de-pensée - la connaissance est une oeuvre concrète et pratique (de) pensée, pas une modification du Réel

INM-5.1.5. / la matrice philosophique de la connaissance, c'est le clone comme rapport transcendantal à l'objet-monde, fonction transcendantale remplie par l'infrastructure

INM-5.1.6. / la connaissance, ayant sa matrice dans le réel, se fait identité en-dernière-instance de la science et de la philosophie

INM-5.1.7. / plutôt qu'appropriation cognitive, la connaissance déterminée par la gnose du donné-sans-donation est une "cognostique"

INM-5.2.0. / non-marxisme et science transcendantale

INM-5.2.1. / si le réel de-dernière-instance est la matrice de la connaissance, celle-ci peut être dite "en"-dernière-instance

INM-5.2.2. / la dualité unilatérale qui sépare le réel de la connaissance interdit bien sûr toute "adéquation" de la connaissance au réel, mais non pas des effets d'adéquation au matériau Monde

INM-5.2.3. / l'en-infrastructure est la racine immanente et pratique de la science transcendantale, sous ses deux aspects

INM-5.2.4. / le non-marxisme effectue la science transcendantale uni-verselle à partir du matériau marxiste - il explicite pratiquement les mixtes de science et de philosophie qui font le marxisme

INM-5.2.5. / Marx se donne la DDI (comme dualité infra-superstructurelle) au moyen de thèses (matérialistes), lesquelles rendent arbitraire la causalité de la DDI

INM-5.3.0. / de la vérité-adéquation au vrai-sans-vérité

INM-5.3.1. / les critiques philosophiques de la vérité-adéquation restent prisonnières de cet invariant, malgré divers déplacements - par exemple à l'aune du Réel-Autre, cette semi-immanence, le rapport Réel / Pensée est recoupé et complexifié par le nouveau rapport Réel / Objet de connaissance - tel est le bénéfice limité de la "coupure épistémologique" (Althusser)

INM-5.3.2. / critiquer, d'une coupure, l'illusion idéologique ou logocentrique (Derrida) ne permet pas de rendre le Réel radicalement autonome par rapport à la philosophie (ni à donner à l'apparence philosophique son autonomie relative)

INM-5.3.4. / le matérialisme, symptôme d'une nouvelle pratique de la vérité déterminée par le Réel

INM-5.3.5. / la matière est le symptôme du vrai-sans-le-mixte-du-vrai-et-de-la-vérité, c'est-à-dire le vrai sans vérité énonciative - non-consistance du Réel comme vrai, non-suffisance du Vrai comme condition négative, nécessaire mais insuffisante, de la vérité (= Sujet, dans ce cas) non-marxiste - bien mieux que l'Etre, l'Un est ce vrai anté-véritatif, cause de-dernière-instance ou encore présupposé déterminant aussi bien l'Etre que la Vérité

INM-5.4.0. / la pratique comme uni-latéralité

INM-5.4.1. / il existe trois grandes types de pratiques : par division, par différence, par uni-latéralité

INM-5.4.2. / à la pratique-division (Hegel), le marxisme a tenté de substituer la pratique-différence (Althusser) - primauté du Réel sur la pratique (celle-ci déterminée en-dernière-instance par celui-là), et primauté de la pratique sur la théorie

INM-5.4.3. / l'action révolutionnaire a tendance à conserver la philosophie dans le sujet-action, même quand elle fait mine de l'évincer : c'est toujours l'immanence philosophique à l'oeuvre

INM-5.4.4. / le marxisme a toujours combiné un matérialisme contemplatif (déterminant) à un idéalisme pratique (transformant) - le non-marxisme substitue à ce couple celui une détermination (par le) Réel (comme identité) et d'une transformation du Monde (lui-même plutôt que ses représentations)

INM-5.4.5. / Marx enferme la pratique dans une ontologie de l'actualité et de l'effectivité - la pratique "en soi" n'a pas d'autre terrain que l'en-infrastructure qui la détermine, de sorte que "pratique" se dit proprement de la nouvelle dualité uni-latérale de la "matière" et de la pratique, ou de pratique et de la théorie - même lorsque la pratique marxiste se veut immanente et "performante", elle reste prise dans un procès dialectique ou "mouvement réel" et "état de choses" sont convertibles

INM-5.4.6. / il faut distinguer uni-latéralement la praxis (le Performé-sans-performation) et la pratique proprement dite, la première étant la cause négative, nécessaire mais non suffisante, qui détermine la seconde

INM-5.4.7. / la pratique non-marxiste n'est rien d'autre que la dualyse des différents ordres de réalité : le Réel ou l'infrastructure, la pratique comme sujet, et l'effectivité du Capital-Monde

INM-5.4.8. / ni division dialectique, ni division structurale, la pratique est plutôt performation (sur la base du Performé-sans-performation (du) Réel)

INM-5.4.9. / le non-marxisme transforme les conflits sociaux effectifs en symptômes ou modèles, tout en relativisant la consistance du Capital-Monde (et pas seulement de l'"idéologie") - transformer le problème de la sortie hors de la philosophie en pratique non-philosophique, changer le révolutionnaire en sujet hérétique

INM-5.5.0. / marxisme et non-marxisme sur la pratique

INM-5.5.1. / la pratique chez Althusser se constitue d'éléments divisant l'immanence, à défaut d'être déterminés par elle

INM-5.5.2. / dans le marxisme, la force de travail est donnée technologiquement au même titre que les moyens de production, alors qu'elle l'organon simple de l'infrastructure

INM-5.5.3. / les pratiques différentielles théorisées par Althusser ne font droit ni à l'autonomie relative de chaque pratique, ni à leur multiplicité ouverte de droit

INM-5.5.4. / le non-marxisme distingue la praxis comme oeuvre immanente de l'infrastructure réelle, et sa fonction pratique auprès des processus technologiques

INM-5.5.5. / en tant que pratique, le non-marxisme met en oeuvre une transformation du processus-monde

INM-5.6.0. / la fusion-en-pratique de la théorie et de la pragmatique

INM-5.6.1. / dans la pratique comprise comme syntaxe selon-le-Réel (l'uni-latéralité elle-même), s'unifient en-dernière-instance la théorie et la pragmatique

INM-5.6.2. / en-pratique, et selon la structure même de la DDI, le sujet est identiquement théorique et pragmatique

INM-5.6.3. / l'essence pratique de la dialectique est la dualité uni-latérale : celle-ci manifeste l'identité (de) côté du côté dialectique

INM-5.6.4. / la contradiction ne s'explique pas génétiquement (sauf auto-position idéaliste), pas plus qu'elle ne va dialectiquement vers une solution : elle reçoit une explication théorico-pragmatique sous la forme (d'essence pratique) de la dualité unilatérale

INM-5.7.0. / l'axiomatique perdue du matérialisme

INM-5.7.1. / les prémisses retrouvées du marxisme sont l'Un et la DDI

INM-5.7.2. / les conditions philosophiques du matérialisme sont 1) celles de la philosophie en général comme idéalisme ou platonisme, 2) celle d'une coupure ("matérialiste") exercée par la philosophie sur elle-même, refoulante d'un idéalisme partiel

INM-5.7.3. / la dyade fondatrice du matérialisme n'est pas méta-physique mais épékeina-physique, sous la forme d'une inversion de la dualité Multiple ou Matière / Un en dualité Réel / Représentation

INM-5.7.4. / il n'y a pas seulement inversion des primautés, mais unilatéralisation et fixation partielle de la réciprocation par la "base" matérielle (débordée cependant par un horizon philosophique intact)

INM-5.7.5. / la coupure matérialiste est une variante de la décision philosophique

INM-5.7.6. / le matérialisme, prisonnier de la transcendance, incapable de penser l'Un-en-Un ou l'immanence radicale

INM-5.7.7. / le matérialisme n'est moniste qu'à éliminer les ordres intermédiaires de la représentation et notamment la forme de l'objet particulier

INM-5.8.0. / genèse platonicienne idéelle du matérialisme

INM-5.8.1. / le marxisme est un genre philosophique, enfant du platonisme plutôt que de l'aristotélisme

INM-5.8.2. / le matérialisme ne s'intéresse pas à l'étant particulier et n'opère pas de transcendance méta-physique (extatico-horizontale), règne de la réflexion et de la réciprocité ; il se place d'emblée au niveau de l'Etre, en l'occurrence la Matière qui fait figure ici d'Intelligible

INM-5.8.3. / au niveau de la transcendance extatico-verticale, quasi-unilatérale, le matérialisme inverse le primat des instances allant désormais de l'Etre-Matière vers l'Un-Pensée

INM-5.8.4. / l'Un-Autre platonicien devient synonyme de conscience et d'idéologie

INM-5.8.5. / l'horizon reste celui de la transcendance et finalement de la Décision philosophique, que la coupure n'abroge pas mais se contente d'inverser

INM-5.9.0. / non-platonisme : restreint et universel

INM-5.9.1. / le matérialisme marxiste est le "platonisme du Réel" - ou encore un symptôme non-platonicien dans la philosophie

INM-5.9.2. / il n'est pas encore suffisamment immergé dans le Réel pour pouvoir se passer de la foi philosophique

INM-5.9.3. / ll est comme une conclusion sans prémisses : d'abord par rapport au système de la décision philosophique, qu'il ampute de sa dimension transcendantale, ensuite par rapport à la non-philosophie dont il utilise le concept de DDI tout en le rapportant à un horizon de réciprocité

INM-5.9.4. / la topographie marxiste, symptôme d'une ré-organisation du Réel et de la pensée dans leur non-rapport

INM-5.9.5. / le non-marxisme, forme uni-verselle et sans coupure de l'hypothèse non-platonicienne

INM-5.10.0. / trois modèles (mécanisme, dialectique, structuralisme)

INM-5.10.1. / le non-marxisme pose leur équivalence transcendantale en même temps que leur fonction de symptômes et de modèles

INM-5.10.2. / le mécanisme doit être sauvé (sous réserve de son clonage) de sa crique idéaliste exagérément réductrice

INM-5.10.3. / quant au marxisme hégélianisant, guère versé dans la DDI, il est possible de transformer les symptômes-expressions de la Totalité en symptômes non-unitaires du Réel

INM-5.10.4. / le non-marxisme est une nouvelle pratique de l'abstraction axiomatique plutôt que dialectique ou que structuraliste, qui transforme aussi bien l'objet que le sujet


INM-6.0.0. / SUJETS-EN-LUTTE


INM-6.1.0. / théorie unifiée du sujet, de la pratique et de la lutte

INM-6.1.1. / les théories classiques de la "lutte des classes" posent dialectiquement ou réciproquement les notions de sujet, de lutte et de classe, au lieu de les constituer de manière égale en-dernière-instance

INM-6.1.2. / les philosophies humanistes et anti-humanistes, y compris le marxisme, participent également de l'amphibologie de l'Ego réel et du Sujet - pour commencer, la non-philosophie doit s'affranchir de la matrice grammatico-onto-logique du sujet et du prédicat et lui substituer celle de la pratique, étrangère a priori au langage (mais non sans rapport avec lui)

INM-6.1.3. / dans le cas du matérialisme, il existe un effet de sujet (sans-subjectivité) nommé paradoxalement "prolétariat-sans-sujet" ou "procès-sans-sujet", mais qui reste ordonné à une transcendance abstraite et in-humaine - le "prolétariat" devient le sujet théorique de l'Histoire au lieu d'être sujet pratique pour l'histoire, et la "lutte des classes" ne forme pas des sujets réellement en-lutte, tant qu'on ne lui restitue pas sa subjectivité de dualité uni-latérale, et d'abord son immanence infrastructurelle

INM-6.1.4. / le sujet (en l'occurrence non-marxiste) se définit comme cette fonction dont la constante est l'infrastructure et l'argument (variable et symptomatique) le prolétaire - une fonction transcendantale et uni-latérale (pour le monde) qui remplace avantageusement la consistance supposée (onto-logique) du sujet-monde philosophique

INM-6.2.0. / force de travail et force pratique

INM-6.2.1. / à nouvelle science (du) marxisme, nouveau concept de sujet

INM-6.2.2. / dans le marxisme, la matrice du sujet est fournie par la "force de travail" (FT) imputable au prolétariat - dans le non-marxisme, c'est directement la "force pratique" (FP) comme universalisation de la FT - mais la caractéristique théorique du sujet se double d'une constitution symptômale essentielle (sur le mode structuraliste dans le cadre du M, sur le mode uni-versel dans celui du NM)

INM-6.2.3. / de même que le marxisme révèle et thématise le concept de "force de travail" comme l'élément dissimulé de l'économie politique bourgeoise (laquelle pose classiquement et très "subjectivement", peut-on dire,le problème de la "valeur du travail"), le non-marxisme pointe l'existence d'un philosophème typique dans ce tiers-terme, celui de l'Autre-Un

INM-6.2.4. / en tant que concept émergent, la FT n'en est pas moins symptomatique : d'une part, elle reste "économiquement" rabattue sur le couple valeur-travail, qu'elle excède cependant, d'autre part, mais à la manière encore philosophique c'est-à-dire synthétique de l'excès

INM-6.2.5. / le M comme ultime mixte de science et de philosophie - le NM comme science ou théorie unifiée de l'économie politique (forme-capital) et de la philosophie (forme-monde)

INM-6.2.6. / il reste à dualyser la FT comme un symptôme nouveau, pour faire émerger sa "subjectivité" radicale, son individualité indivise, le contraire de cette altérité-comme-identité qui la caractérise philosophiquement

INM-6.2.7. / la "force" (FP) elle-même n'est pas identique à l'en-infrastructure, puisqu'elle est le clone-sujet produit par celle-ci à partir du matériau de la FT comme mixte sociologico-philosophique - ne pas confondre non plus l'"identité" réelle du travailleur comme immanence infrastructurelle de-dernière-instance, et sa "propriété" (force de...) comme subjectivité ou identité transcendantale de clone (FP comme telle) complétée par son "objet", le "travail"

INM-6.2.8. / la force pratique comme clone, voila donc le sujet "en-lutte" et le noyau réel du "prolétariat"

INM-6.2.9. / la confusion de l'Ego et du Sujet, de l'immanence radicale et du transcendantal (M. Henry) rend impensable l'identité de-dernière-instance du prolétariat comme lutte des classes et force de travail (l'immanence individuale de celle-ci excluant plutôt la transcendance catégoriale de celle-là) - en revanche l'identité intrinsèque de l'homme détermine (par clonage à partir du mixte formé par la force de travail et la lutte des classes) un sujet non-prolétaire Etranger non seulement à l'économie mais à la pensée-monde

INM-6.3.0. / sujet-sans-procès. sujet-en-lutte

INM-6.3.1. / les concepts d'homme et de sujet sont dualysés respectivement en Ego Immanent et en sujet-Peuple ou Etranger

INM-6.3.2. / l'infrastructure "sans-sujet" ne se conçoit pas, non-philosophiquement, "sans-Ego", et détermine par là-même un sujet non-marxiste

INM-6.3.3 / le concept de "procès-sans-sujet" reste philosophique et idéaliste (hegelien), sauf si l'opérateur du "sans" est uni-versel et une forme du (non-)Un plutôt que du non-être, un effet d'uni-latéralité de l'infrastructure plutôt que d'une coupure matérialiste

INM-6.3.4. / le "procès" reste synonyme de suffisance et de volonté de maîtrise philosophique ; tandis que le clone (non-prolétaire par exemple) est plutôt un sujet-sans-procès : le clonage est cette "utilisation" du monde sans-aliénation au monde

INM-6.3.5. / la dualité la plus radicale n'est pas la conséquence d'une altérité, d'une division sur une identité, mais plutôt d'une identité "tellement" radicale en elle-même qu'elle est séparée-sans-division - de même, c'est parce que le sujet en-lutte est d'abord immanent "en" lui-même qu'il est "en" lutte immanente "avec" le monde, ce qui signifie encore dualité unilatérale, lutte uni-faciale...

INM-6.3.6. / ce sujet en-lutte, qui est la lutte elle-même, n'est en rien affecté par les luttes externes (luttes des classes...) qui sont d'abord des dualités politico-philosophiques (justement à dualyser, à réduire dans le sens de leur causalité réelle)

INM-6.3.7. / il n'existe aucun modèle a priori constitutif du sujet, si ce n'est qu'il est cloné par l'infrastructure à partir du matériau - son uni-versalité est sans équivalent philosophique : dans son objet (pour le monde), dans son essence (identiquement théorique et pragmatique), dans sa syntaxe (pratique uni-latérale), et dans sa cause (réelle)

INM-6.3.8. / le terme de "non-prolétariat" est l'une des appellations possibles du sujet uni-versel (de) la lutte : il représente alors l'uni-versalisation radicale de ses formes historico-sociologiques en tant qu'elles participent du Capital-Monde - l'uni-prolétaire (l'identité de prolétaire), soit en l'occurrence le sujet à l'état de multitudes, s'avère évidemment impossible à "unifier" ou à "rassembler" téléologiquement

INM-6.4.0. / fusion du théorique et du pragmatique dans le sujet pratique

INM-6.4.1. / il ne faut pas confondre "praxis", "pratique", et "pragmatique" : c'est parce que l'essence transcendantale du sujet est "pratique", elle-même organon de la "praxis" ou infrastructure réelle, et clonée par celle-ci, que les aspects théorique (scientifique : connaissance du monde) et pragmatique (philosophique : transformation du monde) sont unifiés ou fusionnés dans le sujet

INM-6.4.2. / la solution au problème classique de la fusion du théorique et du pratique ne peut donc pas être dialectique : le clonage interdit toute confusion (entretenue par la dialectique) des plans du Réel et du Transcendantal

INM-6.5.0. / lutte des classes, lutte de classe, lutte uni-classe

INM-6.5.1. / le concept de "lutte des classes" illustre bien la double articulation de la Décision philosophique : 1) comme mixte de dialectique et de déterminations empiriques, sociales ; 2) comme mixte du primat de la lutte elle-même sur les côtés de la contradiction

INM-6.5.2. / dans la contradiction comme dualité à dominante ou à primat, le primat lui-même reste l'attribut d'un "côté", il n'est pas autonomisé comme étant le Réel ou l'infrastructure

INM-6.5.3. / "lutte de classe" sous-entend déjà un primat de la lutte sur les classes (et donc radicalise la "lutte des classes"), mais la "lutte uni-classe" signifie la même chose que l'immanence de l'en-lutte : c'est la lutte uni-latérale contre toute classe possible

INM-6.5.4. / comme identité-de-dernière-instance de la lutte et de la classe, la "lutte (de) classe" ne dépend réellement que de l'infrastructure

INM-6.5.5. / le noyau réel de la lutte des classes n'est pas un procès-sans-sujet mais bien un sujet-sans-procès, sa logique n'est pas la division mais l'uni-lation au capital-monde

INM-6.6.0. / le sujet-en-lutte et la lutte donnée, identiques-en-dernière-instance

INM-6.6.1. / l'"entre" de la lutte n'a plus le sens d'une bilatéralité entre parties homogènes, mais celui d'une unilatéralité ou d'une Adversité du sujet lui-même, immanente au sujet et non immanente au monde

INM-6.6.2 / la dualité unilatérale ou l'uni-latéralité structure aussi bien la DDI que la Lutte, celle-ci étant l'effet-sujet de celle-là

INM-6.6.3. / la "lutte" est l'être-séparé d'une identité et non son être-divisé - le non-prolétaire est donc en-lutte avec la totalité divisée de la pensée-monde (philosophico-poilitique, ici)

INM-6.7.0. / le non-prolétaire. la non-consistance du communisme

INM-6.7.1. / la non-consistance, l'être-sans-classe du prolétariat n'est pas seulement sa négation ou sa réduction à la négation - son universalisation en non-prolétariat ne s'effectue pas au moyen d'un passage à la limite, mais par clonage de l'infrastructure (cause-de-dernière-instance) à partir du prolétariat

INM-6.7.2. / par sa non-consistance même, l'homme ne se définit pas comme un être-commun mais d'abord comme Un - ensuite seulement il peut se déterminer comme Multitude, ce qui ne signifie pas "en-commun" ou "en-classe" - ainsi le veut la "démocratie radicale" des sujets déterminés en-dernière-instance en-Un - les non-prolétaires sont en-multitude unique

INM-6.8.0. / pour introduire la démocratie dans la pensée

INM-6.8.1. / condition d'une théorie démocratique de la démocratie : une distinction correcte de l'Ego-infrastructure et du sujet-Etranger

INM-6.8.2. / la démocratie ne peut pas exister seulement comme objet pour la pensée, objet de désir ou de débat, comme en philosophie - est requis un concept pleinement universel, et pas seulement politique, de la démocratie - la démocratie conditionne la théorie elle-même, et se révèle comme la théorie unifiée de la philosophie et de la politique

INM-6.8.3. / les causes de l'impossible démocratie philosophique

INM-6.8.4. / d'abord la philosophie n'est pas une théorie et n'a pas d'"objets" au sens théorique du terme

INM-6.8.5. / la démocratie n'existe philosophiquement que sur le mode de la question ou du désir

INM-6.8.6. / la philosophie est pratique hiérarchique et inégalitaire, fondée sur la transcendance et la domination (par ex. la "primauté ontico-ontologique), mieux encore sur l'auto-exclusion énonciative, de sorte qu'elle énonce surtout la démocratie pour les autres...

INM-6.8.7. / plutôt que sur une division subjective (énoncé/énonciatrion) qui perdure, la théorie (de) la démocratie repose sur une identité intrinsèque de (sans synthèse épistémo-logique) de la science et de la philosophie

INM-6.8.8. / le sujet (de) la théorie est le seul sujet vraiment uni-versel, donc démocratique - les rapports toujours inégalitaires de la philosophie le cèdent à l'irréductible dualité du sujet démocratique

INM-6.8.9. / les sujets de type philosophique, divisés, se posent (auto-position) comme des absolus, assujettissants et assujettis - le sujet indivivisé, au contraire, relève d'une infrastructure d'identité réelle qui le prive de toute auto-position

INM-6.8.10. / mais le sujet se rapporte complémentairement à un "objet", ici la démocratie politique, dont il conditionne la connaissance elle-même démocratique : c'est pourquoi il peut être dit "transcendantal"

INM-6.8.11. / le sujet forme une dualité unilatérale avec l'objet philosophique, mais réduit sous forme d'a priori (de sorte que l'expérience philosophique initiale n'est plus que le support de cet a priori qui en retient justement la nature de mixte)

INM-6.8.12. / n'étant pas issu du monde, le sujet théorique est nécessairement tourné vers le monde (puisqu'il n'est pas circulaire, réflexif ou spéculatif)

INM-6.8.13. / si l'Ego n'est pas sujet, le sujet est aussi nécessairement un Ego, disons "un sujet indi-vidual" - est dissoute l'amphibologie du sujet comme mixte d'Ego et de subjectivité (cogito...)

INM-6.8.14. / dans son essence individuale, le sujet est une identité par immanence, mais en tant que tourné vers le monde (l'uni-face ou l'unique "côté" de l'Ego)il est l'Autre-que... jamais posé "en face" "de" - uni-face et donc universel, le sujet-Etranger de la démocratie vaut pour toute pensée philosophico-politique

INM-6.8.15. / il travaille avec les apparences philosophiques de la démocratie, il les traite comme des occasions, symtômes et modèles d'interprétation de son universalité

INM-6.8.16. / reste à fonder la démocratie-des-Etrangers, plus précisément la "Cité transcendantale des hommes comme Etrangers uni-versels et non-prolétaires"

INM-6.9.0. / production non-productionnelle (de) soi

INM-6.9.1. / rappel de la thèse marxiste : l'homme ne produit pas son être mais ses moyens d'existence, et la production est son "être-même" - il ne s'agit pas d'une essence auto-productionnelle mais d'une présupposition réelle

INM-6.9.2. / une aporie persistante : la conception marxiste du corps et de la force de travail comme condition transcendantale de la production économique

INM-6.9.3. / la donation du corps humain n'est guère possible en philosophie sans un arirère-plan de production et d'auto-production naturelles - seul l'Ego de-dernière-instance peut conférer au corps une non-consistance réelle, non-subjective et non-productive

INM-6.9.4. / Marx avance que le corps ne produit pas son existence mais ses moyens d'existence, or selon la détermination-en-dernière-instance correctement comprise, il faudrait ajouter que les moyens d'existence sont donnés avec le corps sur son mode propre de donation en-immanence - mais il vaut mieux rempalcer la dualité marxiste corps/ moyens d'existence l'unilatéralité Ego / corps-organon-transcendantal (et non corps-organique-naturel)

INM-6.9.5. / Marx opère une dissociation cruciale du sujet (donné-humain-corporel) et de l'attribut (production des moyens d'existence), mais justement sa conception de la "production des moyens" reste utilitariste et sa conception du sujet reste naturaliste

INM-6.9.6. / une non-anthropologie ou un non-marxisme se doit d'interpréter les concepts marxistes comme suit :1) le donné corporel comme symptôme de l'Ego infrastructurel, 2) la production des moyens d'existence comme symptôme du clonage du sujet, 3) la production de la vie matérielle comme symptôme de la transformation du Monde par le sujet non-prolétaire

INM-6.9.7. / réajuster la thèse selon laquelle "les hommes font leur propre histoire" : il s'agit de l'Ego réel et non du "genre" humain, il s'agit du Monde et pas seulement de l'histoire, il s'agit de déterminer en-dernière-instance plutôt que d'intervenir dans

INM-6.10.0. / de l'homme sans qualités à l'homme-sans-essence. Contre la consistance anthropologique

INM-6.10.1. / comprendre théoriquement le passage marxien de l'individuel au collectif, de la pratique à la production, etc.

INM-6.10.2. / Marx et ses commentateurs oscillent entre des positions extrêmes (le tout-individu et le tout-collectif, le tout-transcendantal et le tout-matérialiste, etc.) : synthèse impossible

INM-6.10.3. / sans que Marx ne l'aperçoive, c'est bien la DD qui permet d'organiser "dualytiquement" tous ces aspects : par exemple l'Ego n'est ni un ni multiple, mais en-Un

INM-6.10.4. / l'originalité théorique de Marx est de substituer à la réciprocité dialectique hégélienne l'uni-latéralité de la DDI, ou remplacer l'unité synthétique par l'identité radicale ( par immanence)

INM-6.10.5. / le marxisme reste "aliéné" non seulement à la théorie de l'aliénation de l'essence de l'homme, mais à l'aliénation philosophique - non-philosophiquement, l'homme sans-essence est aussi sans-aliénation

INM-6.11.0. / du transindividuel à l'indivi-dual

INM-6.11.1. / le "transindividuel" (Balibar) est une solution philosophiquement plausible à l'aporie de l'individu et du collectif, mais si elle désubstantialise l'individu, elle réalise le collectif par le relationnel et implique l'auto-position de celui-ci

INM-6.11.2. / le transindividuel est très opposé à l'esprit du matérialisme et a fortiori du non-marxisme - le Réel n'est pas relationnel mais immanent, c'est une identité-sans-relation qui détermine cependant la relation comme syntaxe uni-latérale

INM-6.11.3. / l'ontologie de l'individu est le symptôme d'une expérience radicale de non-consistance, celle de l'indivi-dualité comme concept phénoménal de la force de travail - une symptomatologie (non-analytique) plutôt qu'une ontologie


INM-7.0.0. / LA PENSEE-MONDE. CAPITALISME ET PHILOSOPHIE


INM-7.1.0. / l'uni(-)versalisation des catégories marxistes

INM-7.1.1. / si l'universalisation n'est rien d'autre que la possibilisation philosophique du concept et l'uni-versalisation sa détermination réelle, l''uni(-)versalisation se dira de la dualité uni-latérale des uni(-)versalisations philosophique et non-philosophique

INM-7.1.2. / le style axiomatique et transcendantal du non-marxisme signifie que tout énoncé de cette discipline peut fonctionner comme axiome ou théorème transcendantal induit d'un matériel marxiste de symptômes

INM-7.1.3. / pour qu'une forme marxiste régionale soit utilisable et transformable, elle doit 1) acquérir la forme universelle d'une décision philosophique, selon la double syntaxe de celle-ci , 2) valoir non seulement comme concept régional mais aussi bien comme la forme-philosophie elle-même - par exemple, la forme "histoire" devient la forme universelle "histoire-monde", ou la philosophabilité de l'histoire

INM-7.1.4. / ce ne sont plus des concepts mais plutôt des symboles formalisés non-conceptuels, désignant la philosophie depuis son identité-de-dernière-instance

INM-7.1.5. / le marxisme a remis à l'honneur la notion de conjoncture, et le non-marxisme la transforme en structure de mixte, ou il y va aussi bien de l'essence invariante de la philosophie à l'occasion de telle détermination intra-temporelle - con-joncture philosophique, archi-joncture transcendantale, et uni-joncture réelle

INM-7.2.0. / le capitalisme uni(-)versel comme Principe d'économie suffisante

INM-7.2.1. / le capitalisme universel est l'objet=X venant s'ajouter à la philosophie pour former l'objet propre du non-marxisme

INM-7.2.2. / le marxisme est bien la critique de l'économie-politique ou du capitalisme comme idéologie du tout-économie, et il donne un aperçu du même capitalisme comme idéologie du tout-philosophie, mais en restant encore trop dépendant de son objet

INM-7.2.3. / il ne s'agit plus seulement de critiquer la philosophie du capitalisme, mais le capitalisme philosophique, soit déployer les axiomes de l'uni(-)versalité philosophique et non-philosophique du capitalisme en prenant pour matériau la critique marxiste du capital - l'objet du non-marxisme est donc bien le capitalisme (au sens élargi, cad universel) et plus seulement le capital

INM-7.2.4. / finalement le non-marxisme n'est pas seulement le théorie unifiée de la philosophie et du capitalisme, mais la théorie unifiée du marxisme et de la philosophie, car les présupposés du capitalisme (philosophique) sont aussi implicites chez Marx

INM-7.2.5. / le point commun entre capitalisme et philosophie réside dans un mode de détermination par domination - il faut voir dans le capitalisme non seulement l'action d'un Principe d'économie suffisante, mais la fusion de ce principe avec le Principe de philosophie suffisante - on parlera identiquement de foi philosophique ou de foi capitaliste

INM-7.2.6. / la philosophie n'est pas une pensée quelconque mais une pensée prétendant à l'autonomie d'une part, et prétendant penser toute autre forme de pensée d'autre part - parallèlement la forme du capitalisme est celle d'un englobant-de-soi-et-de-tout-phénomène-économico-social

INM-7.2.7. / la théorie uni(-)verselle du capitalisme passe par la découverte de la force pratique non-prolétaire, de même que Marx a fondé sa critique du capitalisme restreint sur la découverte de la force de travail

INM-7.3.0. / la fusion du capitalisme et de la philosophie

INM-7.3.1. / la fusion du Principe d'économie suffisante (ici le capitalisme) et du PPS se nomme "mondialisation" - c'est pourquoi l'objet du non-marxisme n'est pas seulement la forme-capitalisme (capital-monde) mais la pensée-monde

INM-7.3.2. / l'unité du capitalisme et de la philosophie dans la théorie unifiée (non-marxisme) ne signifie pas leur confusion, justement parce que la forme-philosophie déterminante (le mixte) doit toujours être repérable, loin de tout syncrétisme donc

INM-7.3.3. / la théorie unifiée se fonde sur une décision de type "axiomatique-transcendantal", d'où par exemple est issu le théorème : "la philosophie est le capital dans ou de la pensée"

INM-7.3.4. / le non-marxisme opère dans une métastructure universelle la fusion sans-synthèse des deux aspects principaux de la forclusion de l'homme, forme-philosophie et forme-capital


samedi 8 novembre 2008

L'amour du Vide (notes marginales)


  1. La philosophie est philosophique au sens où elle porte à la fois sur elle-même et sur le monde. Mais l'objet-philosophie n'appartient pas lui-même au monde. Il n'est donc jamais réalisé "en chair et en os" et ne peut que demeurer fantasme ou objet de désir. La philosophie ne peut qu'induire une médiation infinie entre elle-même comme sujet (discours) et sa réalisation comme objet (savoir).
  2. C'est pourquoi la philosophie est amoureuse - de ce qu'elle n'est pas. Donc de la non-philosophie. Le désir de savoir  n'a aucun sens, comme l'avait déjà noté Lacan, car le savoir ne satisfait pas. Pour satisfaire la philosophie, pour qu'elle ne souffre plus, il faut lui offrir ce qu'elle ne saurait produire par elle-même.
  3. La philosophie consiste à marquer l'écart pour finalement se rapporter à soi comme Autre. Là réside son secret, son acte d'auto-fondation. Elle est foncièrement "schématique", posant des médiations entre un Réel dénié et un objet supposé, toujours fuyant...

dimanche 2 novembre 2008

Qui sont les hérétiques ?

Hérésie, nihilisme et terrorisme

Nous souhaitons traiter la question : qu'est-ce qu'une victime en général ? mais en visant plus précisément et plus ponctuellement celle-ci : qui sont les victimes du terrorisme ? On connaît a priori la réponse (mais est-ce qu'on la comprend vraiment ?) : on dit fort justement que ce sont des innocents. Or si l’on s'interroge beaucoup à propos des criminels qui commettent de pareils actes, sur leurs motivations, l’on s’intéresse beaucoup moins à leurs victimes, au type de malheur et d’injustice qu’ils subissent, comme si le statut de « victime » n'était philosophiquement pas digne d’intérêt, voire pas pensable. Comme si, décidément, toute mort était égale. Or en raisonnant ainsi, nous risquons de surajouter à l'injustice commise une seconde injustice, voire un second crime, comparable à celui qui fut perpétré contre les hérétiques durant des siècles, exterminés systématiquement mais si peu reconnus comme des victimes – tellement qu’on a fini par les oublier.

Radicalement, il ne faut voir dans la victime que l'homme en tant qu'il est persécuté sans raison. C'est aussi bien l'homme sans raison et sans-qualités, dépourvu de cette essence que la philosophie classique lui a collée de façon absurde : l'être doué de raison, de pensée, de langage, etc. A quoi François Laruelle oppose l'« Homme-en-personne », vidé de toute détermination philosophique. Il renvoie dos à dos la révolte et la maîtrise, le haut et le bas, l'Autre et le Même, l'ici et l'ailleurs, etc., il s'en tient à l'Homme en tant qu'individu au sens rigoureux du terme, c'est-à-dire en tant qu'indivis, lequel n'a rien à voir avec ces dualités artificielles. Or c'est cet être-indivisible qui fait de lui un hérétique pour le Monde, pour les Autorités en général qui, radicalement, ne supportent pas l'individu : le Monde est dialectique, la philosophie est dialectique, elle pose Un plus Deux, puis Trois, elle n'a de cesse de réunir et de globaliser. C'est aussi pourquoi l'Homme-en-personne, du moins lorsqu'il semble se révéler à l'occasion de quelque hérésie historique, à l'occasion de quelque séparation remarquable, est la victime toute désignée du Monde, de tout le monde. Soyons très clairs : doctrinalement, les hérésies historiques étaient absurdes, de vraies folies aux yeux de l'Eglise, des théologiens et des philosophes. Mais c'est justement cette folie qui littéralement appelait au meurtre, sauf que ces fous n'étaient eux-mêmes aucunement meurtriers ; ils n'avaient rien fait ; c'est pourquoi l'Eglise devait d'autant plus les exterminer. Donc, avec Laruelle on utilise la notion d'hérésie pour essayer de retrouver ce qui n'a jamais été pris en considération, jamais pensé véritablement : l'humain « en-personne », par-delà tous les humanismes et les universalismes dont l'Occident s'est fait le héraut et le champion. La théorie laruellienne n'est pas un humanisme car l'homme n'est pas son objet, son idée, sa valeur, etc., c'est sa cause réelle, de même qu'il est la cause de l'Histoire et non sa finalité. De sorte qu'il faut distinguer nettement le « crime contre l'humain », au sens désigné ici, et le « crime contre l'Humanité », qui est un concept philosophico-juridique, un pis-aller nécessaire sans doute, mais peu efficace. Il y a crime contre l'Humanité lorsque l'on tue, lorsque l'on assassine des hommes pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils ont fait (pour des raisons raciales, sexuelles, ethniques ou religieuses, donc à cause d'une différence, d'une détermination supposée et haïe). Mais le crime contre les hérétiques, réellement, historiquement, et davantage encore au sens généralisé que lui donne Laruelle, c'est-à-dire le crime contre les humains n'est précisément possible que pour une raison encore plus délirante. Laruelle soutient que c'est l'hallucination de l'humain, la vision de l'homme-en-personne dans sa nudité humaine si l'on peut dire, qui génère ce passage à l'acte criminel : le persécuteur, l'inquisiteur par exemple, accuse l'hérétique de sorcellerie ou autres méfaits surnaturels mais il le condamne surtout en tant qu'humain-rien-qu'humain, un être im-monde (littéralement) qui se prétend homme en refusant toutes les déterminations de l'homme décidées par l'Eglise, la théologie, la morale. La seule vue de l'homme, qui n'a rien à avouer, rien à renier, rien à revendiquer, s'avère proprement inadmissible, et conforte l'inquisiteur dans sa froide conviction... de voir le diable en face de lui !

Cependant il n'est pas possible de rendre justice aux hérétiques, car ce sont eux – les humains – qui déterminent la justice, en-dernière-instance, du point de vue de la victime. Et c'est pour ça que c'est impossible. Il n'est pas davantage possible de commémorer ce crime car, étant trans-historique voire an-historique, déterminant même notre mémoire en tant que basée sur un oubli radical, celui de l'humain, il se situe hors de la mémoire collective en même temps qu'il se trouve dans la mémoire de chaque homme à la manière d'un savoir indocte.

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Ce sort apparemment désespérant des hérétiques a bien sûr quelque lien de parenté avec la persécution et le génocide dont furent victimes les juifs pendant la seconde guerre mondiale. On a bien raison, contre tous les négationnismes présents, passés et à venir, de souligner le caractère inégalé, voire absolu ou incommensurable, de la Shoah. Mais enfin, ce crime inexpiable demeure jusqu'à un certain point « explicable ». Et surtout l'absolu n'est pas le radical. A cet égard, Laruelle revient sur la distinction entre différence et identité : à côté de la Shoah qui fut le crime contre l'altérité d'un peuple, un crime qui a fait trébucher l'Histoire, une seconde persécution universelle, mais oubliée celle-ci, fut perpétrée contre ceux qui revendiquèrent simplement et de tout temps leur identité : ce sont les hérétiques. Autrement dit les génocides de l'Histoire cachent un humanicide plus universel, plus radical.

Laruelle[1] dresse alors un comparatif réglé et surprenant entre le crime contre les humains, et le crime contre l'humanité, en caractérisant parallèlement ces deux types de victimes que sont l'hérétique et le juif. Le mot hérétique, à présent, semble totalement vidé de son sens historique. Bassesse et persécution se rangent clairement du côté du totalitarisme, mais le mot n'a pas le même sens dans les deux cas. La sorte de totalitarisme responsable de la Shoah est d'essence politique et idéologique, voire par ailleurs pathologique. Tandis que le totalitarisme ayant décidé d'éliminer les hérétiques, s'il a bien pris dans l'histoire la forme particulière de l'Eglise, concerne le Monde dans son ensemble, non seulement le pouvoir en général mais la forme pensée du Monde qu'il faut se résoudre à appeler la Philosophie. Le révisionnisme philosophique, en regard du crime contre les humains, contre les hérétiques, est congénital selon Laruelle. La philosophie prône certes la tolérance et le devoir de mémoire, surtout en faveur de la Shoah, ce qui est légitime, mais elle reste aveugle face aux victimes hérétiques, n'ayant même pas élevé le terme d'hérésie au rang de concept. A la limite elle reste liée à la religion dans son désir paranoïaque et déplacé de sauver l'humanité : le philosophe, ce héros ! C’est parce qu’ils restent pris dans le cercle et le paradigme philosophico-religieux que les philosophes, tous courants de pensée confondus, n’ont pas même entr’aperçu le sort inouï des hérétiques.

Comme on peut le constater, la critique à l'égard de la philosophie, jugée co-responsable des crimes contre l'humanité, est radicale, sans appel. Or du révisionnisme philosophique au nihilisme culturel et étatique, il n'y a qu'un pas. C'est ainsi qu'il faut établir clairement, désormais, la fonction de l'hérésie comme réponse radicale au nihilisme, et au terrorisme qui fait système avec lui. Et surtout écarter une confusion dramatique, autant que coupable, qui consisterait à identifier les terroristes, ou même les fanatiques avec les hérétiques. Le fanatisme se rencontre sur deux fronts ennemis mais interdépendants : celui du pouvoir institué d’une part, fanatique dans sa répression aveugle contre les hérétiques (Tuez-les tous...), celui des bandes terroristes d’autre part pourchassant et sacrifiant pour l’exemple - ou pour d’obscurs desseins politiques – ceux qu’ils nomment les « hérétiques », soit simplement les « infidèles » selon les vues délirantes de quelqu’intégrisme religieux. Une hérésie quant à elle, en tant que courant de pensée, ne devient fanatique qu'à partir du moment où elle tourne en religion instituée : mais alors ce n'est plus une hérésie.

Il ne faut pas hésiter à qualifier ce conflit d'universel. Le terrorisme est universel, d'abord parce qu'il est la continuation de la guerre – phénomène aussi vieux que l'humanité – par d'autres moyens. Ensuite parce qu'il ne concerne pas seulement l'islamisme ou telle faction de celui-ci mais bien encore et toujours toutes les religions, tous les fanatismes, ennemis de tous les hérétiques. Si les Etats négligent ce fait, c'est évidemment en raison de leur propre religiosité (nationalisme, autoritarisme, etc.), de leur profonde complicité avec l'esprit religieux. Ensuite parce que ce terrorisme universel se montre ainsi révélateur d'un mal lui même universel, rongeant la civilisation jusqu'à la moelle, nous désignons le nihilisme – soit le terrain le plus propice à une multiplication d'actes terroristes.

Le nihilisme constitue une version à la fois généralisée, laïcisée, désespérée, souvent passive et indiscernable de l'ancien fanatisme religieux, dont le terrorisme est pourtant la conséquence directe. Mais aujourd'hui, le terrorisme ne s'embarrasse même plus de causes ou d'idéologies, il devient consubstantiel au nihilisme lui-même et représente sa manifestation active. Le nihilisme, c'est le fait assumé et parfois la volonté délibérée, par absence de scrupules aussi bien que par absence d'idéologie cohérente, de détruire pour détruire, d'assassiner massivement des humains et en général de ne prêter aucune importance à la vie humaine. Apparemment, c'est donc un phénomène universel et aussi vieux que l'humanité. Pourtant la doctrine est nouvelle, récente même, elle se formule ainsi : le Mal n'existe pas. Sous prétexte que l'on pense et agit aujourd'hui « par-delà bien et mal » au sens moral de ces termes, parce qu'il n'y a pas de Bien absolu on en tire conclusion qu'il n'y a pas non plus de Mal absolu. Tout deviendrait monnayable et négociable, y compris la vie humaine. C’est à se demander si ce nouveau relativisme ne pourrait pas faire figure de Mal absolu pour des observateurs non dénués de conscience… Toutefois écartons-en l’augure, car cette « simple » critique du relativisme nihiliste et cette affirmations d’un Mal moral « absolu » reste, classiquement en Occident, la position des conservateurs religieux – celle-là même, donc, qui sert à cautionner la désignation idéologico-politique d'un « Axe du Mal » ennemi de la Civilisation. C'est pourquoi, tenons-nous en au mal radical consistant à persécuter l'humain – l’homme-en-personne – pour rien ; ce qui ne s'analyse qu'en termes de malheur radical et au passif, du seul point de vue qui compte réellement, celui de la victime. C'est pourquoi l'accusation de nihilisme doit s'appliquer en priorité aux Etats, en tant que rongés par une délinquance transnationale qui les dépasse totalement (mais avec laquelle ils complotent (in)directement via de juteux traffics d’armement), soit des réseaux mafieux qui ne deviennent finalement « terroristes » au sens idéologico-religieux du terme que par accident ou par couverture. Bien sûr le terrorisme aggrave le nihilisme et l'exacerbe ; mais il en est surtout la conséquence ou le symptôme. En effet les guerres mondiales, nationales, et même ethniques, du XXè et du début du XXIè siècles participent toutes d'un nihilisme actif : elles s'attaquent volontairement et de préférence aux populations. La politique de la terre brûlée : c'est une constante des guerres modernes. Alors, bien sûr, personne ne pourra admettre l'accusation d'Etats terroristes, surtout s'ils sont occidentaux… On dira qu'entre des armées régulières qui, certes tirent dans le tas, mais en essayant de faire le moins de victimes civiles possibles, et d'autres part des organisations terroristes qui envoient leurs kamikazes dans l'intention de faire le plus de victimes civiles possibles, il y a une barrière infranchissable, une différence de principe radicale entre la civilisation et la barbarie. Néanmoins cet argument formaliste ne pèse pas lourd face à la réalité des faits, les compromissions tactiques des états-majors et les dérapages des hommes sur le terrain. Cet argument – philosophico-juridique – pourrait même paraître obscène, en tout cas incompréhensible du point de vue des victimes. Or, répétons-le, c'est ce point de vue qui doit prévaloir pour la pensée.  

Nous soutenons que les victimes du terrorisme nihiliste, voire du nihilisme terroriste, qu'il soit d’origine étatique ou mafieuse (ou d’un composé des deux, le plus souvent), sont les hérétiques d'aujourd'hui. Il ne s’agit pas d’une constatation, encore moins d’une question, mais d’une réponse. C’est-à-dire que leur mort, malheureusement, nous la donne cette réponse au nihilisme et au terrorisme. Leur mort nous impose une théorie de l'hérésie, elle-même hérétique (c'est-à-dire sans doute non-philosophique) par rapport au Grand Conformisme de la Non-Pensée, mais une théorie qui rappelle elle-même le Nom de l'Homme comme étant irréductible et inaliénable. Dire enfin pourquoi la vie humaine ne peut être prise, non en se fondant sur des idéaux, mais parce que d'une certaine manière elle a depuis toujours été prise en otage par le Monde et ses pouvoirs, parce qu'elle est la cause du Monde, son explication, et non l'inverse. Une doctrine profane plutôt que laïque, humaine plutôt qu'humaniste, et évidemment non-nihiliste. L'hérésie n'est pas la négation du Monde mais seulement de sa forme-philosophie. Seul le terroriste veut détruire le Monde réel en répandant partout le mal, tandis que le nihiliste laisse le Monde s'écrouler en niant l'existence du mal. Seul l'hérétique prend la mesure (non-mesurable) du mal radical que l'humain peut subir. Rappelons-le une dernière fois : il ne s'agit pas du tout de faire l'apologie de l'hérésie, surtout pas des hérésies historiques et religieuses qui ne furent jamais que des sectes, mais d'en dégager un concept opératoire servant à expliquer ce qu'est finalement une victime dans sa nudité humaine.




[1] Voir : François Laruelle, Le Christ futur. Une leçon d’hérésie, Exils, 2002.