jeudi 22 janvier 2009

Philosophie et non-philosophie du poétique

par Alessandro Bertocchi


Nous essayons de cerner le problème de la philosophie contemporaine. Ce problème est la découverte de la crise due à la consommation du langage par le langage. Dans cette consommation le sens meurt.

La philosophie contemporaine est alors une pensée économique. Pour la philosophie contemporaine il s’agit de provoquer et de relancer la consommation. Le langage qui est consommé et qui consomme est la marchandise de la pensée. Cette marchandise acquiert une valeur d’échange et une valeur d’usage, la pensée étant le travail qui, d’une certaine façon, produit la valeur et la marchandise qu’est censé être le langage.

Il y a plusieurs solutions à la crise que la philosophie pense et a pensée. D’abord nous avons une solution conservatrice ou académique. La consommation perpétuelle ou l’équilibre instable, mais continuellement reconquis, peut être capitalisé paradoxalement comme histoire de la philosophie.

Nous avons aussi l’engagement comme solution au problème de la consumation. Il peut être de deux espèces. Nous avons d’abord un premier engagement sur les traces du sens spirituel consommé – l’Etre – ou sur les traces du sens matériel consommé – la Vie.

S’il n’y a pas un langage qui est engagé dans l’Etre alors aucun langage ne peut s’ancrer dans l’Etre, ce qui signifie que le langage ne peut que se consommer tout seul, tout est langage qui se consomme comme langage.

La deuxième forme d’engagement est le vitalisme, le langage s’engage dans l’être qui est vie et le langage est l’expression de la vie. Il est aussi possible de remonter du vitalisme à un matérialisme plus naïf, mais en même temps plus rigoureusement contraire à la consommation du langage. En effet, nous pouvons choisir pour ce matérialisme un principe qui soit par définition non consommable, car indivisible comme l’atome.

Une autre solution à cette crise est la pensée qui exploite la proximité de la science et donc le rapport de la science au réel dans la connaissance vraie. C’est l’épistémologie qui démontre l’existence d’un résidu dans le langage par une voie doctrinale et une voie conceptuelle : ce que disent les mots et la valeur de vérité de ce qui est dit. Il s’agit toujours de deux façons de ne pas laisser le langage se réduire à soi-même, par le voisinage du réel dans la science.

Par l’épistémologie nous parvenons à la dernière façon de répondre à la crise, la naturalisation de la solution précédente. Il ne s’agit pas d’affirmer alors que la crise est irréversible, parce que la crise n’existe pas. Le langage se consomme seulement dans le langage et nous sommes toujours en contact avec le réel sur le mode de la connaissance vraie.

Le poétique et le non-poétique est la systématisation de ces problèmes, le passage par le poétique et le non-poétique étant le problème, la solution et les moyens de parvenir à ces solutions.

Ainsi retrouvons-nous d’abord l’engagement ontologique dans le poétique. C’est l’ontologisation qui permet de sortir de la priorité du langage, la consommation du langage du fait de sa prétention de revenir toujours devant le langage donné.

Le non-poétique signifie l’engagement pour la vie ou pour un Etre matériel comme présupposition d’une qualité extérieure et indépendante ou parallèle au poétique. Comment garantir que ce qualitatif est et résiste en dehors de la qualité ? Pour fixer un extérieur il faut changer le vitalisme en un matérialisme. La fixation reste évidemment en rapport à la qualité du poétique. L’engagement vitaliste qui porte à la réalité matérielle complète l’engagement ontologique du poétique.

L’idée de l’au-delà de l’ontologique, que le non-poétique ramène en deçà, persiste et se développe dans les deux autres solutions à la crise : l’exploitation du voisinage à la réalité dans le rapport de connaissance et la naturalisation de ce rapport. La naturalisation comme dernière solution épistémologique à la consommation fait encore partie du même problème.

Nous utilisons le Réel de la non-philosophie comme modèle d’immanence en soi. Cette utilisation est interne au poétique et au non-poétique. Pour cette raison, il ne s’agit pas d’un usage non-philosophique. Le Réel apparait en soi sans rapport avec l’immanence en soi que nous utilisions.

Le passage par le poétique et le non-poétique comme conclusion de notre travail n’est donc ni un discours sur la non-philosophie, ni une interprétation, ni l’application de la discipline non-philosophique. Le passage reconnaît la pensée selon le Réel. Elle est rigoureusement la pensée que la pensée du passage s’efforce de devenir du côté du non-poétique. Elle essaye d’aménager un espace temporaire, parce qu’il n’y a pas d’espace de la pensée pour la non-philosophie. Cet espace est quelque chose qui n’a théoriquement pas lieu d’être. Il sert à se préparer à une rencontre avec la non-philosophie par une voie détournée, en créant un faux voisinage.

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