jeudi 12 novembre 2009

En-résistance. Au-delà du principe de Révolte

Conférence prononcée au colloque "Résistance(s) : theory and practices" de l'Université de Tulsa (OK, USA) le 23 octobre 2009.

Je me propose de défendre un certain concept de la Résistance pour justifier conséquemment une certaine pratique de la résistance. Le point de vue théorique se veut des plus "réalistes", puisque je cherche à dégager le concept d'une force-de-résistance réelle, une posture en-résistance autorisant des formes de lutte bien concrètes, au-delà d'un principe de révolte trop général et trop idéologique, j'irai même jusqu'à dire trop philosophique. Je serai conduit – de façon surprenante peut-être – à proposer une alternative "non-philosophique" aux conceptions traditionnelles de la lutte. En effet, comme François Laruelle nous l'a enseigné, la philosophie dans son ensemble manifeste, presque nativement, une forme négative de résistance, qu'il faut commencer par écarter. La philosophie pense davantage à se défendre plutôt qu'à défendre des causes réelles.
Sur la base de cette force-de-résistance, il apparaîtra alors clairement que résister est bien la manière la plus probante et la plus légitime de lutter. C'est justement en-résistant qu'on est véritablement en posture de lutte réelle, en-lutte, sans rien devoir à l'idéologie ni même à la philosophie.
Pour illustrer mon propos je prendrai le cas exemplaire de la "désobéissance civile", soit une forme de résistance pacifique mais déterminée, que nous rencontrons à l'heure actuelle en France sous des formes multiples, notamment dans l'Education Nationale où un mouvement de "résistance pédagogique" s'est constitué et fait beaucoup parler de lui.
Cependant, il s'agit davantage que d'un exemple : en effet si la résistance est la forme de lutte la plus légitime, il se pourrait bien que la désobéissance civile soit la forme de résistance la plus légitime face à un mal nouveau et mondial, qui frappe les citoyens de tous les pays, j'ai nommé : le harcèlement



I – FORCE-DE-RESISTANCE

1) Pourquoi "force-de-résistance" ?

Je vais employer l'expression "force de résistance" par analogie avec la "force de travail" chez Marx. C'est dire que je suis à la recherche d'une notion de résistance qui soit d'une part suffisamment épurée ou abstraite et d'autre part radicalement ancrée dans le réel. La "force" s'avère en même temps concrète et individuelle : pour Marx, parler non plus du travail, mais de "force de travail", cela veut dire parler de l’ouvrier comme individu vivant. Force de travail, travail vivant, et ouvrier vivant, sont des termes synonymes. On cherche donc à définir l'action de résister indépendamment de cela contre quoi on résiste (qui relève de déterminations sociales, plus ou moins abstraites) et c'est en quoi cette disposition "naturelle" ou plutôt immanente mérite le nom de "force". Certes le travail humain semble bien s'opposer à quelque force ou quelque résistance naturelle, et il semble bien en général que l'on résiste à ou contre quelque chose ; mais cette relation antagoniste n'est peut-être que secondaire, elle ne donne pas le sens réel de l'acte de résister. Avant de -sister à quelque force étrangère ou ennemie, l'être in-siste en lui-même en tant qu'in-dividu (indivis), de façon immanente. C'est pourquoi la "force" même, ce qui lui donne éventuellement la force de résister, appartient à l'être intrinsèquement ; elle n'est pas le produit d'un rapport (de force).
Le problème, c'est que le concept de résistance dont nous disposons est forgé par une tradition philosophique à laquelle on peut reprocher justement son allergie à toute immanence radicale, tout occupée qu'elle est à se dresser contre, à résister à tout ce qui n'est pas elle, mais de manière transcendante, soit en le rejetant, soit en essayant de l'intégrer. C'est l'une des thèses de François Laruelle : la philosophie en tant que pensée (tous systèmes confondus) manifeste une forme négative de résistance - au Réel en tant qu'Un, à l'immanence, à la Non-philosophie… - qui obscurcit sa vision du concept de résistance.

2. A quoi résiste la philosophie ?

J'ai dit : la philosophie résiste à la Non-philosophie. Qu'est-ce que "Non-philosophie" ? Mais premièrement, qu'est-ce que la "philosophie" ? Chacun le sait : la philosophie est un usage rationnel, conceptuel, critique, voire spéculatif de la pensée, dont l'ambition est traditionnellement de prendre en charge la totalité du réel. Toutefois, à l'âge moderne, la philosophie partage ce projet et cette ambition avec la science, avec laquelle elle ne se confond pas.
Quant au terme de "Non-philosophie", il désigne au sens courant un ensemble de pensées ou d'attitudes pré-philosophiques, comme l'opinion commune, ou extra-philosophiques comme l'art ou la religion. Mais François Laruelle lui a donné un sens spécifique : celui d'une théorie voire d'une discipline inédite qui emprunterait à la science sa méthode et à la philosophie ses objets ; elle permettrait en outre d'élaborer une "théorie de la philosophie" qui ne serait pas philosophique. Or un tel projet est contesté, nié dans son principe même par les philosophes : pour eux, toute pensée visant l'universel ne peut être que philosophique ; a fortiori toute tentative de penser la philosophie autrement que philosophiquement ne peut qu'être dangereusement réductrice (comme la sociologie, la psychanalyse). Donc à quoi résiste la philosophie, dans un premier temps ? A l'évidence elle résiste à ce danger là, cette prétention, à la Non-philosophie ! C'est ce que F. Laruelle a appelé le "Principe de Philosophie Suffisante" : la philosophie se suffit à elle-même, se détermine elle-même, même si elle doit utiliser des matériaux empruntés à l'expérience ou à la science. C'est typiquement une illusion transcendantale : la philosophie est à elle-même son propre sujet, son propre objet, son propre réel…; pire elle se prend pour le réel. Philosophiquement, le réel se définit comme tout ce qui est philosophable (qu'il soit rationnel ou irrationnel, pour dépasser Hegel). C'est pourquoi il faut essayer de comprendre maintenant pourquoi et comment la philosophie résiste au Réel…

3. Comment résiste la philosophie ?

Sans doute, l'idéalisme congénital de la philosophie se manifeste dans la formule parménidienne : "c'est le même, penser et être". Voilà l'exemple archétypique d'une fausse immanence, ou d'une immanence également transcendante tendant à identifier l'être et la pensée dans la synthèse du "même", opérée par le philosophe. La philosophie résiste au Réel ou à l'Un au nom du Deux et du Deux/Trois, c'est-à-dire au nom du Logos et par l'usage du Logos. Pour elle tout usage du langage se ramène à cet usage-en-Logos, finalement philosophique et ontologique, comme décisionnel et positionnel de l'être des choses. Cette confusion de l'Etre et du Réel, que cache la collusion parménidienne de l'Etre et du langage, constitue le cœur de la résistance ou de la suffisance philosophique. Elle est incapable de penser le Réel immanent parce qu'elle ne parvient pas à le penser de manière immanente. Certes la pensée n'est jamais purement immanente – ce serait absurde, puisque justement la pensée n'est pas le Réel ! -, mais elle devrait au moins éviter de projeter sa propre transcendance (l'Etre) en la faisant passer pour le Réel…
Dialectique, c'est à dire à la fois rigoureuse et bavarde, sage et polémique, la philosophie existe donc au regard du Réel-Un en tant que résistance. Elle met tout son sens inné de la maïeutique, de l'interrogation et de la discussion, à résister au Réel-Un qu'elle ne peut pas articuler et qui de ce fait n'existe pas pour elle.

4. "Dualyse" ou l'analyse de la résistance par la Non-philosophie

Ce que François Laruelle appelle la "Non-philosophie" n'est rien d'autre que le traitement de la résistance philosophique, et désactiver la résistance revient à lever le Principe de Philosophie Suffisante. Inutile de préciser que la philosophie ne se laisse pas “analyser” sans protester ni résister, et par le fait stigmatise cette théorie non-philosophique comme une "hérésie" monstrueuse, une auto-dénégation, un sophisme gigantesque.
Pourtant la Non-philosophie n'est pas une critique des thèses philosophiques en tant que telles, elle désactive simplement leur prétention à définir le Réel et désigner l'humain "en personne". De ce fait elle dédramatise grandement le geste philosophique et en appelle à des pratiques inouïes de "philosophie-fiction". Je ne peux pas ici détailler de ce que Laruelle nomme la "dualyse", plutôt que l'analyse, des décisions philosophiques. Dualyser signifie unilatéraliser, mettre de côté le matériau philosophique, loin du Réel, pour ensuite le faire travailler autrement.
En tout cas la Non-philosophie traite la résistance philosophique pour la philosophie, pour qu'elle existe enfin sur un mode plus inventif et moins narcissique.
Ce faisant, elle fournit – pour la philosophie – le sens vrai de la lutte, et de la résistance, en un tout autre sens… La non-philosophie est en lutte pour – ceci est résistance -, tandis que la philosophie se défend contre et décline en mode idéologique sa propre façon de résister, sous la forme d'un pernicieux "Principe de Révolte Suffisante".

5) Le Principe de Révolte Suffisante et la Surmaîtrise : la résistance comme défense

Il existe dans le monde un Principe de Rébellion Suffisante, faisant cercle avec la Maîtrise, stipulant qu'on a toujours de bonnes "raisons" de se rebeller... Ce principe présuppose avant tout l’existence du Mal et la nécessité absolue de s’en défendre. C’est ainsi que la résistance est confondue avec une simple défense ; comme position (elle-même mondaine) et non comme posture (subjective immanente) elle ne peut que se poser en s’opposant, et ne sait agir autrement qu’en réagissant.
Qu'elle soit de défense ou d'attaque, au service des forts ou au service des faibles, la lutte a toujours été pensée comme agôn (dirigée contre quelque chose) mais jamais comme telle, de façon immanente. Cette confusion originelle, cette interprétation grecque de la lutte est donc clairement aussi bien le fait de la philosophie.
Il faut régler le problème de la maîtrise et de la rébellion, d'abord avec la philosophie car la philosophie est la véritable maîtrise ou pensée-monde.
Dans le cadre de cette pensée-monde, la maîtrise et la rébellion se déterminent réciproquement en une dyade qu'on peut appeler "Surmaîtrise".
La philosophie est le Surmaître en ceci qu'elle se divise "volontairement" entre un maître et son rebelle ; faisant ainsi le rebelle elle s'assure de l'avoir toujours vaincu. Le refus de la croyance propre au Surmaître caractérise inversement la posture en-lutte, ou esprit de lutte, au-delà du Principe de Révolte (-Suffisante).

6) Sujet-rebelle et sujet en-lutte : la lutte comme résistance

J'emploie désormais le terme de rébellion au sens de cet "esprit-de-lutte" et non au sens de la révolte suffisante. Rébellion et lutte ne se réduisent pas à un réflexe de défense contre les agressions mondaines. La raison en est que la cause qui détermine transcendantalement la rébellion comme forme a priori de notre rapport au Monde (sans devoir au Monde ses motifs) n'est pas elle-même du Monde. François Laruelle l'appelle "l'Homme-en-personne" : homme sans-qualité, homme sans-philosophie… Seuls les hommes-en-personne (non les philosophes) peuvent nommer et identifier la philosophie-monde en-personne, et ainsi donner naissance aux sujets-rebelles ou sujets en-lutte (le « en » exprimant l’immanence de la détermination humaine réelle).
L'Homme-en-personne détermine unilatéralement le Sujet comme existant-en-lutte, et les raisons mondaines de la rébellion n'interviennent qu'à titre de causes occasionnelles.
Le "rebelle dans l'âme" – ou sujet en-lutte - possède une force de lutte qui ne présuppose plus idéologiquement la victoire. Le Rebelle met en attente la victoire comme future, attente radicale qui a déjà suspendu le Surmaître. Le Surmaître s'engage dans la victoire en "y croyant", le Rebelle est engagé dans la lutte à son corps défendant.
On n’a donc pas toujours raison de se révolter – bien qu’il y ait aussi de bonnes raisons, parfois ! -, mais ce qui est sûr, c’est que la résistance n’a pas besoin de raisons, il est toujours légitime de résister à la Surmaîtrise, justement pour ne pas avoir besoin de se révolter, illusoirement, contre la seule maîtrise. On se révolte contre le maître, mais on résiste (en-lutte) au Surmaître. La résistance est bien la seule manière de lutter sans raison aucune. Car la Surmaîtrise sur-philosophique (souvenons-nous : la "philosophabilité") est d'ors et déjà la saturation de toutes les raisons possibles (bonnes et mauvaises) de ce monde !
Je vais me permettre de marquer une légère différence avec François Laruelle. Celui-ci a parfaitement défini en principe l'esprit de la lutte (en-lutte) sur la base d’une détermination humaine de dernière-instance, et sans compromis avec le principe de révolte suffisante. Mais il laisse la lutte "en l’état", d’une manière encore trop théorique, sans justement préciser son essence de résistance. Il a plutôt caractérisé la résistance comme étant spécifiquement philosophique – alors qu'elle ne fait que se défendre -, de sorte que ce concept n’est plus guère disponible chez lui pour désigner la lutte. C’est vrai que la philosophie résiste, notamment à la Non-philosophie, mais justement on ne peut plus l'affirmer de la philosophabilité.
Il suffit de caractériser clairement la résistance, ou la lutte comme résistance, comme la forme la plus universelle d'être-au-monde, ou plus précisément de notre rapport avec la forme-Monde (que le Surmaître semble depuis toujours devoir "occuper"). On retrouverait presque la célèbre formule du médecin Bichat : « la vie est l’ensemble des forces qui résistent à la mort ». Cependant la base immanentiste de la Non-philosophie exclut que la résistance puisse être identifiée au Réel, lequel est l'identité même, inidentifiable. Il ne s'agit pas tant d'une propriété ontologique générale que, plus précisément, d'une posture subjective immanente. Si l'on noie l’acte de résister dans la formule la plus générale de la vie ou du désir-de-vivre (conatus), on risque de ne plus savoir à qui attribuer la décision de lutter et de résister, et l’on risque de perdre de vue l'occasion même de notre lutte, à savoir la maîtrise et plus précisément le Surmaître.
Comment résiste-t-on ? Comment échappons-nous aux illusions de la révolte de façon à entrer de plain-pied dans la lutte – je parle bien cette fois des luttes réelles ? En acceptant d’abord ceci : être de plain-pied dans la lutte, en-résistance, c’est accepter d’être de plain-pied dans la maîtrise, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’autre « lieu »… Cela se comprend dès lors que la maîtrise n'est plus fantasmée comme un absolu, terme abstrait auquel on croit s’opposer, plutôt un matériau à chaque fois singulier, avec lequel il faut composer. Avec lequel on peut composer, voire négocier sans trahir, à partir du moment où la Surmaîtrise a été désactivée comme illusion opérante, en même temps qu’a été levé le principe de Révolte suffisante. L'esprit de lutte fournit au Rebelle-résistant la capacité d'utiliser les armes du Maître contre lui ; la maîtrise est non seulement l'occasion mais le matériau de la Rébellion.
Or le compromis – qui n’est pas compromission ou lâcheté – inclut aussi bien, dans ces conditions, la possibilité de désobéir… Désobéir sans trahir (la société civile). Résister sans se désister.

7. La résistance comme désobéissance

A cet égard la désobéissance civile apparaît comme une forme exemplaire de résistance, de "force-de-résistance" ou bien encore comme je le disais de posture "en-résistance", parce que justement il ne s'agit jamais d'une résistance par la force, bien que cette forme d'action n'ait rien d'utopique… Le principe d’une "désobéissance civile globale homéopathique" - non-violente, ponctuelle, concertée, mais générale - est la seule réponse globale d’envergure face à la forme d’oppression, elle-même généralisée, qui prévaut aujourd’hui : le HARCELEMENT (moral, commercial, sexuel, économique, administratif). Variante vulgaire, non dissimulée, de la suffisance philosophique.
La misère politique a certes toujours existé, mais notre époque s'illustre par une forme générale d'exploitation et de domination radicalement inédite et incroyablement vicieuse (car en apparence indolore) : le harcèlement. Le harcèlement à tous les étages, générateur de stress et d'auto-culpabilisation, de suicides et d’auto-immolations… Dans le monde du travail, déshumanisé, dans le monde du non-travail (chômage), dans le Privé comme dans le Public, dans l’Education, etc. Or l’on ne répondra pas au harcèlement  par la seule indignation ni par les appels incessants à la révolte, mais plutôt depuis une posture (force-) de résistance interne elle-même universelle et susceptible de harceler à son tour le pouvoir, ne lui laissant aucun répit. On se révolte à juste titre contre un maître, un tyran, une oligarchie, on ne se révolte pas contre le surmaître invisible, harceleur et "bienveillant", que d'aucuns persistent à nommer plus ou moins justement le Capital ou même l’Administration quand, elle-même obsédée par le rendement, les objectifs et les résultats, se met au service du Capital.
Donc si l'on n’a pas toujours raison de se révolter – car c’est vain, parfois - l'on a toujours raison de résister – car c’est possible, toujours. C'est pourquoi l'Etat ne supporte pas les actes de désobéissance civile alors qu'il se moque pas mal des grèves (sauf si elle sont générales) et des manifestations (sauf si elles virent à l'émeute). Les désobéisseurs sont les nouveaux résistants, le vrai cauchemar des autorités, les seuls à prendre réellement en défaut le pouvoir. Réalistes, ils ne prétendent pas abattre le Système depuis un "ailleurs" imaginaire, idéologique, qu’il soit conservateur ou révolutionnaire. Ils savent, comme l’écrivait Max Stirner à propos de l’Etat, que le fait de croire en sa réalité « revient à croire aux fantômes ». Le Système n’existe pas – c’est cela le secret -, il est lui-même imaginaire tout en produisant des effets réels dévastateurs sur ceux qui le craignent ; plus précisément, il n’existe imaginairement que pour ceux qui acceptent de s’y soumettre (servitude volontaire). Les désobéisseurs, eux, sont de plain-pied dans le réel. Leur action, ils la veulent à la fois efficace et limitée, déterminée et concertée, individuelle et collective, précise et homéopathique, non-violente et cependant paralysante. Juste la force du NON. Pour un OUI décidé à de nouvelles formes d'action politique.


II – FORMES DE RESISTANCE : l'exemple de la Désobéissance civile


(suite en anglais)


A) Civil disobedience principles 



Civil disobedience is a violation of the law committed for moral or political reasons to alert the public about the unfairness or harmfulness of a law or command.

We can't talk about civil disobedience without thinking of the American poet and philosopher Henry David Thoreau who wrote Civil disobedience in 1849 (eighteen fourty nine) and who is strictly speaking the inventor of the concept. Thoreau showed that citizens should act in accordance with the principles prescribed by their own conscience even if such actions where contrary to law. Indeed, if by using his conscience a citizen finds that a law is unjust, then he has no other choice but to break it. However, this act of conscience which Thoreau mentions is closer to an individual moral act than to a civic act. Hannah Arendt explains in the Crises of the Republic (written in 1970) that in making civil disobedience a matter of individual conscience, Thoreau has removed any form of democratic persuasion from it because individual conscience can't be invoked as an excuse to rally a majority to its own cause ! Thus Thoreau was to give civil disobedience actions a negative status : the act of resistance was reduced to rejecting a law.

Civil disobedience cannot be reduced to the simple desire of thwarting social order. Indeed, it occurs when many citizens have come to the conclusion that legal mechanisms no longer work properly. Or when they believe that government is overstepping its legitimate mandate. Thus, civil disobedience is exercised by all citizens in order to notify the Government that change must take place without delay.
It’s true that a multitude of groups do claim public rights of all kinds, be they religious, political, social, etc. Although in many cases these claims are justified, they are not necessarily civic causes, but mostly private issues. In this regard, the civil disobedience action is accomplished by a group of citizens claiming universal rights and acting together for a common cause and not a common interest. This collective action can bring together people who don't necessarily share the same beliefs but who join in the pursuit of a common goal by using the same method of action.
The act of civil disobedience is far from being a criminal act insofar as it's done publicly in a civilized manner (that is to say without violence) and above all it aims to improve society rather than plunder it. Civil and Peaceful : indeed civil disobedience is the civilized way to disobey. Civic and Public : unlike criminal disobedience, civil disobedience is assumed and claimed to have the greatest possible impact. It is a way of "advertising" an act of public communication. Precisely its public nature gives it its political dimension.
The issue of civil disobedience revolves around the question of citizenship. Indeed, traditionally the role of the citizen is often considered as being that of obeying the law. Doing so, citizens give tacit consent to government actions. For since it is the citizens who vote for governments and that it is they who make laws, therefore, for the citizen to obey laws amount to obeying himself. But Hannah Arendt stands up against this negative view and suggests another form of consent : that of commitment. This commitment manifests itself in a constant and continuous involvement in the affairs of state.
To illustrate this point I shall refer to the "spirit of the contract" by Locke (in the Treatise on Civil Government, written in 1690 – sixteen ninety). To quote from Locke "...all human organizations, social or political, are based ultimately on the ability of individuals to make commitments and keep them." The government should know that people who engage in a civic action do nothing less that doing their democratic duty.
To go further, we will focus on the thought of the American John Rawls, who explicitly sets the issue of civil disobedience within the framework of democratic society. Rawls (in A Theory of Justice, written in nineteen seventy one - 1971) defines civil disobedience as a non-violent political act made to change a law or government policy. In so doing, it appeals to people’s sense of justice. Civil disobedience can be justified only when the common sense of justice is violated. It is essentially an attempt to persuade and convince the greatest number of citizens in order to "bring a change in the law." However, this change will only be made possible by public pressure which is a "force" – a resistance-force, even though, according to Rawls himself, resistance-force is far from a resistance by force.
To prove their loyalty to democracy, people who disobey (the “desobedients”) will accept legal sanctions. The law is broken, but fidelity to law is expressed by the public nature and non-violent act, by the fact that they are ready to assume the legal consequences of their conduct. Moreover, Rawls believes that judges may admit people who disobey the law can be right when the law itself proves unconstitutional. When this happens courts should therefore reduce and even suspend legal sanctions.

B - An example of civil disobedience : the "resistance teaching" (“résistance pédagogique”) of primary teachers in France today

Many education experts in France considered as celebrities such as Claude Lelièvre or Philippe Meirieu, tirelessly repeat that we have been witnessing in recent years the deconstruction of republican public school.
I will here briefly list some of the attacks levelled at public education :
1) Firstly in terms of syllabus : a growing contempt for all research undertaken by experts to modernize and improve education, and a return to authoritarianism as a simplistic and regressive pedagogy for the development of children's intelligence.
2) Secondly, the disappearance of thousands of teaching posts, especially RASED posts (which are a Network of Specialized aid to struggling students). This support task is now the responsibility of each primary school teacher who must work an amount of weekly hours of "personal assistance", outside normal teaching hours. Now it is clear that this mechanism of "personalized assistance" - which has been central to the action of disobedience - is not intended to help struggling students, but to justify the disappearance of RASED jobs ! Because of the implementation of this reform, pupils in France have to bear heavier timetables and a longer day (which was already the longest in Europe).
3) Thirdly, a variety of technical and administrative reforms have been introduced to monitor, evaluate, supervise teachers which have contributed to create a competitive managerial spirit in Education. This is what I call harassment !
Moreover all these decisions were taken without any consultation, neither with bodies representing the faculty nor representatives of various organizations (including parents).
The current government is castigated for sacrificing the ideals of the Republic and endangering the children's future in the name of an ultra-liberal ideology.
Tired of having to implement inapplicable and dangerous reforms, many teachers in primary schools have drafted a "Resistance Charter of primary school teachers", and decided not to apply some of these reforms. But they still propose and implement alternatives : disobeying hierarchy they never have shirked their duties as teachers.
Their actions strictly illustrate civil disobedience for several reasons.
1) Firstly, they notice that the French government does not comply with the republican ideals of school and claim that their duty is to resist.
2) Secondly, their respect for Republican law is strongly stated. Indeed they, to quote them, "claim loyalty to public education, and to the academic freedom enshrined in law, and the right of applying any educational alternative in the interest of children."
3) Thirdly, they protest openly, publicly, professionally, by sending their supervisors a "desobedience declaration", and tacitly accept the disciplinary consequences of their decision. Note that some of them have been heavily penalized by wage deductions.
4) Fourthly, far from any corporatism, they advocate a great national though decentralized debate.
5) Fifhly, they have managed to become popular and even to give a certain nobleness to their action. It is important to note that the vast majority of parent associations criticize these reforms and many of them support the “desobedient's” actions.
… And they have already won : many Education Inspectors, recognizing the impossibility of implementing personalized assistance in today’s conditions, turn a blind eye and "forget" to transmit "disobedience letters", thus protecting and even quietly endorsing teacher initiatives and even the current and new minister himself is more tolerant. This is a partial victory due to the actions of those who have disobeyed
They showed us how to circumvent the law, the administration and regulations... without harming pupils. Resisting without betraying (civil society). Resisting without withdrawing.

Conclusion

I’ll just end this reflexion by stressing that a link had to be made between philosophy and overmastery. Non-philosophy had to be conjured up to resist overmastery and devise a struggle made up only of resistance, beyond the revolt principle.
I would describe this resistance as "homeopathic ", that is to say as a peaceful, gentle, almost imperceptible but on the other hand, committed and comprehensive thing, as is civil disobedience which is not an ideology but rather a form of realistic, timely and responsible struggle.

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