jeudi 3 décembre 2009

"Les principes de la pensée ou les conditions d'impossibilité de l'expérience"

Soutenance de Thèse en Philosophie de Sylvain Tousseul


Mardi 8 décembre 2009, à 14H
Université Paris 10-Nanterre
Bâtiment G, Salle 204, 2eme étage.


Membres du Jury:
Monsieur le Professeur François Laruelle
Monsieur le Professeur Christian Hoffmann
Monsieur le Professeur Stéphane Douailler

SYLVAIN TOUSSEUL
Chargé d'Enseignements et de Recherches
Philosophie et Psychopathologie clinique
Psychologue clinicien

Résumé :

Cette étude se propose de montrer que la légitimité d’une pensée se fonde sur des conditions spatiotemporelles qui sont propres à l’expérience de son auteur, ce qui implique que sa légitimité soit toujours singulière. En revanche, lorsqu’une pensée est illégitime, elle se fonde sur des conditions spatiotemporelles qui sont empiriquement impossibles, quel que soit son auteur, ce qui implique que son illégitimité soit toujours universelle. En effet, pour être pertinent, il est nécessaire d’écarter certaines impossibilités, ce qui revient à respecter des principes fondamentaux en suivant les logiques qui en sont issues. Mais dans la mesure où nous ne sommes pas conscients de ces impossibilités, cela signifie que nous suivons inconsciemment leur logique, de la même manière que les pulsions que nous ne pouvons pas réaliser suivent des destins dont nous ne sommes pas conscients. En réalité les deux constituent une seule et même chose, car le fait de ne pas pouvoir réaliser une pulsion entraîne une dynamique affective dont le mouvement constitue une logique. Et d’autre part, c’est précisément parce qu’on ne peut pas réaliser une expérience qu’on la désire d’autant plus, si bien que chaque impossibilité incarne un idéal. En montrant ainsi comment l’expérience conditionne notre façon de penser, notre travail constitue les fondements d’une nouvelle philosophie : l’immanental.

mardi 1 décembre 2009

Des hérétiques, des victimes, et des étrangers…

Pourquoi les hérétiques, pourquoi ressusciter ces vieilleries appartenant à l'histoire des religions ?
Ce que représentent les hérétiques, par-delà leur émergence historique et religieuse, c'est d'abord le statut de victimes radicales. Victimes du pouvoir religieux, selon telle ou telle circonstance, mais aussi victimes du pouvoir intellectuel qu'exerce la philosophie dans la mesure où celle-ci n'a pas daigné les reconnaître comme telles (à la différence des victimes de la Shoah). L'impensable même, donc. Pour quelles raisons ce crime, qu'on pourrait dire trans-historique ? 

Pour le comprendre, commençons par définir plus précisément l'hérésie. Le mot vient du grec hairesis qui veut dire "choix", "opinion", donc étymologiquement il signifie le choix d'une opinion différente, voire opposée à une opinion qui, elle, est dominante. Historiquement, le mot a surtout été employé dans un contexte religieux, de sorte qu'il s'oppose proprement à orthodoxie - l'orthodoxie de l'Eglise. Toutes les grandes religions ont connu des hérésies (étant elles-mêmes au départ des hérésies, des sectes qui ont "réussi" en quelque sorte), mais je m'en tiendrai au monothéisme et plus particulièrement aux hérésies chrétiennes. 

Le problème qui obsède littéralement les hérésies, en particulier celle des Gnostiques, c'est l'opposition du haut et du bas. Trois caractéristiques de l'hérésie sont à retenir pour traiter cette question du haut et du bas.