mercredi 29 décembre 2010

La causalité négative du réel

La philosophie ne connaît que la détermination réciproque et les modes d'une causalité ontologique en général, soit la convertibilité entre l'être et la pensée. Au contraire avec François Laruelle, on appellera "Détermination-en-dernière-instance" la causalité spécifique du Réel en vertu de son immanence et de sa primauté radicale sur la pensée.
La philosophie se caractérise par la toute-puissance déclarée du rapport, de la détermination comme rapport et même du rapport auto-déterminant officiant comme cause réelle. Comme si, décidément, aucune pensée des termes en tant que termes n'était recevable pour une intelligence incapable d'imaginer la Cause autrement que sous la forme idéalisée du rapport, d'une cause donc déjà rapportée elle-même et représentée par ce qu'elle est censée causer...
Le rapport différentiel fonctionne comme un absolu, dominant ou englobant tout, par exemple dans le structuralisme le rapport discret. Le différentiel n'est rien d'autre qu'une version idéalisée et auto-positionnelle du continu empirique. Pourtant la cause du continu n'est pas elle-même continue, la cause du différentiel n'est pas elle-même une différence ; et la coupure engendrant une nouvelle continuité n'est pas elle-même relative à, elle est déterminée par soi passivement et, par là-même, réellement déterminée. La cause réelle est une détermination non médiate et réciproque mais au contraire unilatérale, non synthétique mais au contraire passive absolument (sans synthèse passive). Ce qui peut sembler une impossibilité logique n'est au fond que le pouvoir propre de l'immanence, qui est d'une part l'impouvoir de s'aliéner et d'aliéner quoi que ce soit, mais aussi la capacité de trouver en soi, dans l'immanence, les déterminations qui seront en-dernière-instance celles des rapports et des divisions de l'Etre, de la transcendance en général.
Comme causalité immanence radicale, la Détermination non-réciproque ou Détermination-en-dernière-instance n'est jamais 1° divisée sur deux termes, 2° déterminée par son occasion, 3° à double sens (elle va à sens unique de l'immanence vers la transcendance, ou du Réel vers l'effectivité), 4° une continuité aliénante entre la cause et son effet (n'étant que condition négative universelle, elle suppose une instance transcendantale "intermédiaire" pour agir : c'est le "Sujet"). Le Réel n'agit pas de lui-même, il n'est pas Sujet et n'a aucune raison d'agir. La causalité du Réel suppose donc une extériorité occasionnelle (le monde de l'effectivité). A son tour toute pensée conséquente est par définition extérieure au Réel mais reste depuis toujours affectée par lui, c'est-à-dire causée par lui "en-dernière-instance" en tant que seule cause réelle. Cause irréductible et inobjectivable, de sorte que le Réel et un donné = X quelconque ne sont jamais le Même mais identiques en-dernière-instance seulement.
Etant donnée une décision philosophique, quelle qu'elle soit – une thèse, une question -, son mode propre de donation sera celui de l'auto-donation. Il en résulte non seulement des effets nécessaires mais la connaissance quasi-simultanée de la cause et des effets ; de sorte qu'il y a toujours, en droit sinon en fait, une explication philosophique à tout. L'adéquation de la pensée avec le réel, justement parce qu'elle est présupposée comme problématique, constitue la limite indépassable du champ philosophique. Qu'est-ce qui pourrait empêcher une pensée, par essence problématique, de s'"accorder" avec un réel énigmatique et fuyant ?
Au contraire une cause "déterminante en dernière instance", quoique nécessaire à la production de tout effet réel, ne sera suivie d'un tel effet que si et seulement si une cause occasionnelle se présente également. Si la connaissance de la cause de dernière instance enveloppe celle de l'effet, il n'en est plus de même réciproquement, car une connaissance vraie ne s'accorde qu'en dernière instance (seulement) avec le réel. Autrement dit, l'essence et l'existence ne s'enveloppent plus mutuellement.
Au fond qu'est-ce que la Détermination ? Cela définit d'abord l'impression nécessaire mais "négative" (non-consistante et non-suffisante) laissée par le Réel sur tout état possible du matériau mondain. Elle ne peut être qualifiée de "cause première" (métaphysique) puisque le Réel ne détermine aucun objet qui n'ait été donné en même temps via une cause occasionnelle.
La causalité négative du Réel n'est pas assimilable davantage à une causalité par le "manque", une "différance" ou une altérité agissante qui viendrait inverser mais finalement relayer dans ses fonctions la "présence" métaphysique. Le Réel ne manque de rien et, bien que dépourvu de toute positivité ou auto-nomie ontologique, il n'est pas dans une relation d'opposition, d'exclusion, ou d'auto-exclusion vis-à-vis de la transcendance - mais seulement de détermination, justement.
La DDI a deux conséquences : 1) l'unilatéralisation, soit l'invalidation de toute pensée circulaire prétendant à la connaissance du Réel, 2) l'unidentification, soit la marque du Réel immanent laissée sur le divers philosophique lui-même, le Monde et ses Autorités. C'est proprement la possibilité du clonage des entités philosophiques qui est avancée ici, leur préparation et leur utilisation pour une nouvelle cuisine pas seulement "post-philosophique" mais bien "non-philosophique" : enfin la jouissance de la philosophie !

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