samedi 23 avril 2011

Introduction à la Méthode terminologique et l'idée d'une Non-Encyclopédie

L'on présente ici une version élargie - à la fois radicalisée et généralisée - du concept de "Non-Encyclopédie" employé ça et là par François Laruelle, ce qui ne va pas sans induire une critique partielle du "théoricisme" non-philosophique, en faisant signe vers un mode de pensée que l'on qualifie ailleurs d'"élémentaire" (en termes de "non-religion" ou de "non-poésie", par exemple). Il s'agit de transformer la méthode dualytique restreinte de la non-philosophie en une méthode terminologique générale.

Le principe de la Non-Encyclopédie est donc, schématiquement, le suivant. Pour chaque article il y a toujours : 1) un matériau quelconque fourni par la littérature philosophique ou même scientifique, c'est-à-dire une lecture (de préférence unique) servant d'occasion et de support : ce parti-pris subvertit totalement la notion classique de Dictionnaire, puisque les articles n'invitent à aucune synthèse mais, bien au contraire, procèdent d'un mode de pensée "une fois-chaque fois", déjà en tant que tel "élémentaire" ; 2) un terme générique ou "premier", dont le choix relève de raisons parfaitement contingentes, puisqu'en définitive tous les termes s'équivalent en tant qu'"éléments" ; 3) et pour chacun des termes premiers, un certains nombre de termes qualifiés de "seconds" avec lesquels ils forment en général un "mixte", c'est-à-dire une triade unitaire qu'il s'agit précisément de dualyser ou de "mettre à l'écart", pour la réutiliser une fois expurgée de sa "suffisance" philosophique (prétention de co-constituer le réel, auto-position).

Par conséquent, on obtient à chaque fois une configuration à trois termes, relevant de ce que nous appelons en non-philosophie la "triade idéaliste". En effet le premier terme, implicite et souvent refoulé, est toujours constitué par la "Philosophie" elle-même (ou l'un de ses représentants) en tant que Discours dominant. La première triade idéaliste est donc constituée par la Philosophie faisant couple avec un second domaine (théorie, concept, etc.), par exemple la Science, mais en assumant également la consistance "spéculative" du couple (2/3 termes). Cependant lorsque la philosophie fait couple avec un terme second, comme la "Science" ou bien la "Religion" ou la "Psychanalyse", elle utilise pour cela un troisième terme qu'elle prélève sur le corps du second, créant une dualité plus ou moins forcée lui permettant de se poser en synthèse ou solution.

Le traitement non-philosophique de la triade idéaliste s'effectue alors par "dualyse", au moyen de trois opérations distinctes. En premier lieu il faut disposer et préparer un matériau quelconque, soit repérer un processus d'identification à 2/3 termes relevant du mixte philosophique en tant que problématique, en l'occurrence deux termes mis en relation : disons "Religion" et "Vie chrétienne" pour prendre un exemple. A ces termes il faut donc ajouter celui de "Philosophie", puisqu'il est clair que la Vie chrétienne n'a pu apparaître comme idéal religieux ou quintessence de la religion que par l'entremise de la Sagesse philosophique (identification pensée et voulue par les Pères de l'Eglise). Dans un second temps a lieu un processus d'unilatéralisation, par lequel la triade idéaliste est remplacée par une "dualité unilatérale" (non circulaire, non mixte) entre une identité transcendantale (ici la "Non-Religion") et une forme mixte a priori (le phénomène philosophico-religieux dans son ensemble). La troisième opération, dite unidentification, confère à la non-philosophie (tout au moins sous sa forme non-encyclopédique) une dimension pragmatique qui lui permet de transformer et d'utiliser autrement les termes identifiés. En effet si la Non-religion peut se dire aussi bien "Théorie unifiée de la Philosophie et de la Religion" (selon la formule consacrée de Laruelle : "unifié" valant pour la non-philosophie, et "unitaire" pour la philosophie), à titre de "discipline transcendantale" (autre tendance laruellienne à "disciplinariser" – au moins à une certaine époque - la pensée non-philosophique), c'est parce qu'un élément non-religieux radical constitue la condition d'une telle pensée. Où le situer, dans l'exemple, sinon dans un vécu religieux (-sans religion : appelons-le vécu mystique) précédant non seulement le concept philosophique de Vie chrétienne, mais encore son édification non-philosophique et non-religieuse, précédant même l'identité transcendantale ? Ainsi chaque terme troisième ("Vie religieuse", pour rappel) se voit unidentifié en-Un ("vécu" non-religieux mystique) (au) Réel-Un (en ce sens seulement qu'il peut aussi bien le nommer) et fonctionne désormais comme cause réelle de-dernière-instance pour toute logique non-philosophique.

Par ce procédé non-encyclopédique ou "terminologique", la méthode non-philosophique se voit bel et bien uni-versalisée et surtout enfin pragmatiquement uni-diversifiée… Evidemment notre méthode non-encyclopédique déborde largement - surtout sur la question de l'unidentification - la lettre des écrits laruelliens ; sans doute fait-elle signe, déjà, vers une logique "élémentaire" qui ne s'applique pourtant pas directement à la théorie (l'on critique depuis longtemps un certain théoricisme non-philosophique) mais à l'écriture en général (d'où l'existence aussi d'une "Poésie élémentaire") et à la posture rigoureusement individuale (voire notre définition du "Poète ordinaire") qui la soutient, par définition. L'on pourrait y voir par ailleurs une défense et illustration de ce que les non-philosophes appellent aussi "philosophie-fiction", rien moins alors qu'un projet d'"encyclopédie-fiction" relevant avec une certaine équité de la rigueur théorique et de l'invention poétique.

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