samedi 26 mars 2011

Mystique non-philosophique à l'usage des contemporains

Par François Laruelle, Mai 2007, L'harmattan, coll. "Nous les Sans-philosophie"















Les contemporains, avec leur indifférence à la religion et leur désir de refuge sectaire, sont-ils encore capables d’une jouissance mystique rénovée et sans croyances ? C’est le pari de cette théorie des messies, de ces sujets-Étrangers venus de Nulle Part et de Nul Temps dont le seul effet est de transformer le monde.

Notre fidélité ne va plus à Dieu mais aux Humains et aux sujets qu’ils clonent. Après tant de destructions, ils demeurent les vrais messies pour ce temps et ce monde qui les reçoivent malgré eux comme éternels et célestes. Sur la base de cette découverte « philosophique » d’une messianité immanente dépourvue de toute historialité, nous reformulons un Verbe qui emprunte librement ses matériaux et ses symptômes à la mystique chrétienne, à la philosophie néoplatonicienne et à la gnose. Comment lire les mots mais pas les concepts de Maître Eckhart ou de l’Hésychasme russe, des pensées grecque, judaïque, gnostique au seul profit de ce que peut l’Homme ? Nous réhabilitons par exemple contre les dogmes religieux l’hérésie, et l’Enfer contre les lâchetés théologiques modernes. L’effet d’ensemble peut être dit une christo-fiction plutôt qu’un christo-centrisme.

mercredi 9 mars 2011

Comme un Etranger dans la France des philosophes


Existe-t-il une philosophie française ?

Il y a bien de la philosophie en France – qui pourrait en douter ? Mais qu'est-ce que "la" philosophie française ? A cette question, aucun philosophe sensé et respectable n'oserait apporter une réponse unilatérale. Alain Badiou a récemment évoqué – non sans courage et pertinence – un "moment français" de la philosophie contemporaine, mais une fois de plus l'évènement ne fait que refouler l'identité et le réel immanent de la "chose". 

Au-delà des critères purement nationaux - linguistiques et institutionnels - peut-on parler d'une Identité de la philosophie française malgré son évidente diversité ? Il ne s'agit pas seulement d'identifier des traits spécifiques et communs aux philosophes français, voire un très hypothétique et douteux "esprit français", ou bien encore une "idéologie française". Le problème que nous soulevons est davantage politique, autant que théorique. Alors qu'aujourd'hui une certaine Europe politique émerge péniblement (ce n'est pas forcément celle que l'on souhaiterait), ne devons-nous pas en même temps nous demander ce que signifie être "français" et donc "philosophe français", mais aussi et surtout vivre en-France et penser en-France ? Non pas pour défendre une philosophie à la française, ou une philosophie de la France, surtout pas, mais une philosophie en-France, qui soit tout à la fois en-France et en-Europe, d’en-France et d‘ailleurs, bref qui fasse droit aux exigences du cosmopolitisme sans lequel il n’est nulle pensée ou politique possibles. Autrement dit, réexaminer voire réinventer le concept d'Identité en le purgeant de ses lourdeurs métaphysiques, de ses crispations nationalistes, et du même coup poser ou reposer le problème de la topique de la pensée, une topique que l'on voit bien plutôt comme une u-topia nécessaire. Comme si l'utopie aujourd'hui, ce n'était plus l'Europe - qui devient une réalité politique, en plus d'une réalité intellectuelle effective depuis l'époque des Lumières, voire bien avant -, mais précisément l'interne.