samedi 17 septembre 2011

Anti-Badiou - Sur l'introduction du maoïsme dans la philosophie

François Laruelle – Ed. Kimé – Coll. Bibliothèque de non-philosophie – Sept. 2011

9782841745630FS

Présentation

“ Qu'est-ce que le badiolisme ? D'Alain Badiou, on ne dira pas qu'il n'est pas philosophe mais qu'il l'est chaque fois de loin et dans une situation d'exception dominante, mandarin arpenteur de tous les savoirs modernes, maître chez les intellectuels, guide inspirant chez les militants, roi platonicien chez les philosophes, finalement empereur céleste de la pensée.
Badiou, c'est un empire, il tient sous son autorité à peu près tous les savoirs, leur assigne une place et un rang, fixe les hiérarchies, planifie son territoire. Mais sa grande oeuvre est encore ailleurs, il a voulu introduire le maoïsme de la "révolution culturelle" dans la philosophie la plus conceptuelle, la ré-éduquer par les mathématiques tout en l'élevant au rang stellaire de Doctrine officielle de la Vérité.
C'est le Grand Epurateur de la pensée, le Grand manipulateur du vide. Entre empire platonicien et camp de redressement pour les cadres intellectuels, il mène un projet "culturel" dont on ne peut ignorer la force et le modèle politique qui l'inspire. Sa faiblesse fatale est de venir trop tard comme fait toujours la philosophie, comme réaction et chambre d'enregistrement de l'échec des révolutions historiques.
Le maoïsme théorique est encore devant nous...comme une utopie mort-née ou un complot avorté. Il fallait examiner la logique de cette pensée conservatrice et autoritaire, démonter ses mécanismes et ses "roués rouages". Une telle tâche ne pouvait faire arbitrairement par humeur politique ou journalistique, par un philosophe ou un intellectuel déjà compromis. Nous devions disposer d'autres principes et d'une autre pratique de la philosophie, plus contemporaine et plus physiquement concrète que mathématiquement lointaine.
Celle qui nous sert de microscope ou de dispositif optique pour sonder le badiolisme est ce que nous appelons la "non-philosophie" ou "philosophie non-standard" dont on trouvera ici quelques rudiments. Elle permet d'évaluer la nature régressive et violente de cette tentative et des dégâts qu'elle produit dans la pensée. Une philosophie de la terreur et de l'épuration... Badiou ou comment introduire le maoïsme dans la philosophie." “ (F. Laruelle)

samedi 10 septembre 2011

Le théorisme gnostique, une hérésie pour la non-philosophie ?

D'après une lecture de : Gilles Grelet, Déclarer la gnose. D'une guerre qui revient à la culture, Paris, L'Harmattan, 2002.

Déclarer la gnose (et non la "rétablir") sonne comme une déclaration de guerre métaphysique, bien qu'elle ne ressortisse aucunement d’une métaphysique. Les protagonistes de ce conflit sont assez classiquement l'Orient et l'Occident, le gnosticisme et l'agnosticisme, l'irrationnel et le rationnel... Mais la gnose rigoureuse, nommée par ailleurs "théorisme" ou "théorie de la rébellion", penche plutôt vers un matérialisme formel constitué en discipline provisoire, l'économie de la pensée, capable de déterminer les conditions de production de la pensée-Monde. Celle-ci se laisse tout entière formuler et combiner au moyen du ternaire lacanien R.S.I. (Réel, Symbolique, Imaginaire), organisation où, par ailleurs, n'entre pas le Réel. Dans une "note marginale", l'auteur relie l'évènement du 11 septembre à cette pensée dont l'Occident ne veut rien savoir, non que la Gnose soit terroriste et criminelle, mais parce que l'attentat atteste que l'impensable arrive. S'éclaire alors le sous-titre du livre : "D'une guerre qui revient à la culture", au sens où l'Occident, ayant forclos la gnose et réduit la pensée à une culture terrorisante, n'a finalement pas volé cette guerre fomentée par ses soins. La gnose, elle, mène une guerre théorique contre le Monde, c'est-à-dire seulement contre la pensée-Monde. Le statut de la théorie comme pensée réelle et matérielle dépend de sa capacité à s'abstraire de tout contenu. La pensée n'est pas rien même quand elle ne produit pas de connaissances utiles ou spéculatives, étant d'abord et avant tout formelle au travers des énoncés dont elle se supporte. Sachons que la gnose repose tout entière sur cet axiome fondé, non en raison, mais en Réel. La ligne de partage entre gnose et agnosticisme, non-philosophie et philosophie, consiste en ce que celles-ci tentent de se subordonner le Réel, alors que celles-là reconnaissent sa primauté radicale. Pour la philosophie, rationnelle en dernière instance, rien ne tombe hors de la pensabilité, quitte à penser séparément la pensabilité de la pensée et la pensée elle-même. (Les modalités irrationalistes de la rationalité, qui accordent au Réel impensable le dernier mot ne changent rien à l'affaire, tant qu'elles n'en font le terme premier impensé.) …/…

La décision philosophique


La Décision est l'invariant structural principal de la philosophie, synonyme de mélange et d'unité-des-contraires.

Dans la tradition philosophique la décision est un acte de jugement mobilisant des fonctions empirico-transcendantales hiérarchisées, partiellement déconstruites par les modernes "philosophies de la différence". Mais en tant que spécifiquement, structurellement philosophique, c'est une opération de transcendance hallucinatoire plaçant le Réel dans l'unité (plus ou moins différée) des contraires, et finalement dans la philosophie elle-même (principe de philosophie suffisante).

La téléologie la plus constante de la philosophie, c'est la volonté d'unifier et de synthétiser. L'invariant sous-jacent à toutes les synthèses philosophiques demeure le cercle ou la détermination réciproque : par exemple la philosophie, en tant qu'épistémologie, est censée co-déterminer la science. Dans les hiérarchies mises en place par la philosophie, celle-ci occupe toujours la position dominante. En l'occurrence, elle doit concilier sa prétention à dominer la science et son besoin d'accueillir les data scientifiques, synonymes de finitude.

La décision philosophique consiste à diviser pour rassembler et à ne concevoir la différence que dans la simultanéité ; elle se structure comme dyade hiérarchique ou auto-positionnelle, toujours en état de survol par rapport à elle-même. En d'autres termes, la philosophie assoit sa dernière légitimité en s'exceptant partiellement des synthèses autoritaires effectuées par ses soins.

La décision philosophique est une matrice à 2/3 termes, puisqu'elle inclut à la fois la Dyade et l'Un, mais en redoublant l'un ou l'autre de ces termes de façon à ce qu'il assume aussi l'unité de la matrice : ce procédé proprement unitaire caractérise l'auto-position (auto-donation, etc.), le rapport-à-soi, ou si l'on veut la subjectivité fondamentale de la philosophie.