lundi 24 juin 2013

Onze Remarques (légèrement) hérétiques sur l'homme, le philosophe, et le peuple

1. En régime philosophique, tout philosophe représente "La" philosophie pour un autre philosophe, et tout homme représente un "Philosophe" pour un autre homme. Le philosophe est bien le sujet "agité" de la philosophie, son acteur et son mime. Mais en régime non-philosophique, il n'est que le singe de l'homme qui, lui, n'est le singe de personne.

2. Le philosophe est le héros par excellence, celui qui ne (s')éprouve pas subjectivement (en) lui-même mais qui doit franchir toujours en se dépassant les épreuves de la "subjectivité". C'est dans le franchissement plus que dans l'épreuve que s'effectue l'apparence du philosophe. 

3. "L'homme est l'animal supposé philosophe" (Laruelle), ce qui prouve bien que le philosophe représente l'animal en l'homme et donc que "le philosophe est un loup pour l'homme" (id.). En régime philosophique l'homme s'auto-désire ou s'auto-dévore, vit dans un permanent état de guerre ou de révolution. "Etre un sujet", c'est assumer cette "condition humaine" supposée, vivre à l'image du philosophe, rester le "fils" de l'animal…

Le Sujet et son cercle

Pour retracer la généalogie complète du "Sujet" et partant de la "Subjectivité", il faut remonter à l'hupokeimenon grec qui signifie littéralement "couché en dessous". Traduit en latin par "subjectum", participe passé de "subjicere" (jeter dessous), il est synonyme de "substantia", dérivé de "substare" (se tenir dessous) et désigne le substrat ou la chose même dont on parle et à laquelle on attribue des qualités. En ce sens, le sujet est bien ce qu'il faut supposer en-dessous pour pouvoir dire quelque chose dessus ou à son sujet. D'où la définition célèbre d'Aristote : "Le sujet, c'est ce dont tout le reste est affirmé, et qui n'est plus lui-même affirmé d'autre chose". Rappelons aussi qu'au couple substance/accident ainsi formé répond l'opposition logique sujet/prédicat, tout aussi classique. Bref le sujet est ce dont il est question, la référence fondamentale. N'oublions pas enfin que l'"ancien" sujet substantiel est susceptible d'objectivation scientifique (le "patient" du chirurgien) et d'assujettissement politique (le "sujet du roi").

Le discours universel et son sujet

Il existe un Sujet de la philosophie coextensif à celle-ci, à sa réflexion fondamentale, sa volonté permanente d'auto-dépassement. C'est bien sûr le philosophe mais d'abord en tant qu'il fait couple, qu'il fait cercle avec la philosophie. C'est surtout l'instance discursive elle-même où le sujet joue constamment à se trouver et à se perdre dans la différence énonciative, laquelle règle le statut de la philosophie dans le conflit des discours. Plus exactement, le discours philosophique n'existe que d'être entendu ou reconnu comme tel par un sujet philosophe ; mais cette reconnaissance s'appuie essentiellement sur le caractère dialectique de la proposition philosophique elle-même. Le sujet philosophique n'est autre, fondamentalement, que le sujet du discours.

L'évènement de la pensée

On sait que la pensée de l'évènement caractérise, globalement, l'ontologie du XXè siècle. Il s'agit moins d'une appréhension immanente du réel - malgré la proximité de l'interne, ou de l'immédiat, avec l'évènementiel - que d'une manière encore philosophique et surtout culturelle de rejeter le réel comme interne, et de positionner la pensée par rapport à l'évènement. De là le modèle cognitiviste en vigueur qui explique la fabrication de la pensée à partir des évènements extérieurs. Plutôt que de lui opposer un humanisme éculé, considérons justement l'aspect évènementiel de cette pensée de l'évènement pour tout le XXè siècle, au point que c'est le XXè siècle - intrinsèquement - qui désormais peut-être dit évènement majeur pour la pensée. Il y a une pensée-XXè siècle - l'ontologie de l'évènement ou la fin de l'ontologie comme évènement - qui se confond avec l'être-en-culture ou ce qu'on appelle par ailleurs la "sécularisation de la pensée", la culture n'étant plus ce qui est à penser mais le phénomène même de la pensée. Et c'est l'Europe dominante (américanisée, mondialisée…) qui est censée incarner culturellement (commercialement…) les vieilles représentations philosophiques de l'Etre à peine modernisées (l'entreprise, le marché...), et donc la philosophie elle-même. Cependant, au-delà de cet évènement culturel XXè siècle en Europe philosophie, il faut tenir compte de l'évènement de pensée intrinsèque qui concerne la pensée en-europe et qui se forme à même la base antéprédicative de la pensée. (Je fais référence bien sûr à l’"europanalyse" selon Valdinoci, que je situe entre la "non-philosophie" universelle de Laruelle et ce que je nomme pour ma part, à peine ironiquement, la pensée en-france ou la pensée "élémentaire".) Le réel ni ne se "pose" (à l'ancienne) ni ne parle ou "communique" (à la manière contemporaine, qui confond encore l'être et le réel via l'évènement). La "logique" du réel n'est pas celle de l'Entziehen heideggerien, qui consiste simplement à se retirer ou se retrancher, mais celle de l'Aushebung au sens bien précis de s'ef-fondrer à même l'antéprédicatif. L'Aushebung consiste à effectuer une surrection-dans, une insurrection plus profonde et plus conséquente que les transgressions contemporaines qui se contentent d'utiliser l'abîme (en l'espèce évènementiel, et en premier lieu la Shoa) sans s'abîmer dans l'évènement de la pensée.

Phénoménologie, psychiatrie clinique et analyse réelle

Dans le cadre d'une réflexion portant sur la structure fondamentale de la subjectivité et sur ce qu’il est convenu d’appeler ses « pathologies », Serge Valdinoci[1] établit une relation dialectique originale entre les trois méthodes psychiatrique, phénoménologique et psychanalytique. La thèse défendue est celle d'un « principe d'anarchie » ou véritable « principe de subjectivité » qui ne dépende pas uniquement de l'observation clinique et psychiatrique mais qui ne soit pas non plus négateur de celle-ci, comme c'est le cas de maintes spéculations philosophiques voire psychanalytiques. Selon l'auteur une psychiatrie phénoménologique tient toute sa place pour maintenir l'écart entre l'« altération psychique » décrite en clinique psychiatrique et l'« aberration subjective » qui est le fond atopique radical du sujet, relevant à ce titre d'une analytique supérieure. Mais c'est bien au moment de la crise – d'abord événement psychiatrique – que l'aberration de la fonction sujet est révélée en tant que recouverte par l'altération. Précisons le sens du concept d'aberration : « Contre toutes les tentatives de mise en place de l'ego, celui-ci serait déplacement intrinsèque. Le principe de subjectivité vaudrait comme principe d'anarchie et notamment contre la hiérarchie bien connue de l'idéalisme philosophique des classiques qui dispose le moi, le monde et Dieu dans un ordre croissant d'inclusion » (p. 88). Qu'il existe un fond aberratif de l'altération, une existence du sujet non connaissable, les philosophes en ont tous fait l'expérience obligés qu'ils furent de maintenir le sujet dans l'indétermination théorique : « Ainsi in-déterminable essentiellement, l'ego est aberrant, que le sujet empirique fût fou ou normal » (p. 91). Mais s'il n'y a pas d'approche philosophique qui rende compte de l'aberration, pas plus que la psychiatrie ne peut la déceler avec sa grille séméiologique, c'est parce que toutes deux restent prises dans le contexte perceptif révélé justement par la phénoménologie. Or d'une part on ne peut pas nier la réalité psychique et son contexte perceptif, d'autre part on ne peut pas s'y tenir et tenir pour rien le réel aberrant du sujet. Une psychiatrie phénoménologique serait le lieu de cette tolérance, à l'opposé de l'anti-psychiatrie et de certaines philosophies contemporaines (niant toute altération) comme de la psychiatrie classique (niant le fond aberratif, mais travaillant longtemps sous couvert transcendantal kantien). 

La psychiatrie classique avait inventé la notion de « dégénérescence » pour qualifier la pathologie mentale en général comprise comme une déviation héréditaire, soit une dé-subjectivation où Valdinoci voit l'« aberration-type », l'idée ou l'être même du sujet en regard duquel l'altération prend la forme et le nom de « stigmate ». Cette idée et les principes nosographiques correspondants ayant fait long feu, « la dégénérescence ratifie l'échec postkantien d'une psychiatrie cherchant à lier altération psychique et aberration du sujet compris ontologiquement » (p. 93). Puis s'impose comme pertinente l'opposition déjà freudienne de l'endogénéité et de l'exogénéité psychique. A cet égard Valdinoci propose l'interprétation du freudisme suivante : « La fonction aberrative devient l'évolution individuelle complexe – indéductible dans sa variété –, ou encore la périgenèse du phylum structuré par les célèbres stades, paliers de libido, complétés par les destins de pulsion. Les configurations de cet ensemble structural sont compatibles avec une idiosyncratie. Quant à la fonction d'altération et à l'involution qui lui est intérieure, elle s'organise autour du principe d'inertie (de nîrvana), et du concept de régression. Le nerf d'involution est l'inconscient issu du refoulement originaire » (p. 95). Bien entendu l’on ne parle plus de stigmates mais de symptômes s'inscrivant dans la lignée involutive. Disons que l'ordre de l'aberration, immanent à la topique de l'organisation psychique, se présente plutôt au plan herméneutico-discursif tandis que l'ordre de l'altération est d'abord une variation du flux énergétique. La théorie de l'inconscient selon Freud place le primat subjectif sur le second ordre, refoulant à son tour la dimension aberrante du sujet. C'est l'inverse avec Lacan qui recentre le sujet sur le signifiant, identifie enfin sujet et aberration et réserve comme on sait le moi à la « cristallisation imaginaire leurrante qui détourne de la Spaltung fondamentale, ou vérité comme différence aberrative » (p. 100). Seulement, si l'altération est stricto sensu une allitération du langage constitutif, ne peut-on craindre que le statut perceptif de l'altération – et donc sa perception, son diagnostic – ne soit faussé et violenté par l'interprétation pure et le recours au symbolique ? L'argument serait trivial s'il consistait à défendre la psychiatrie contre la psychanalyse, à retenir l'altération pour écarter l'aberration. Le souci de Valdinoci est d'éviter simplement toute confusion entre l'aberration subjective et l'altération psychique ; c'est l'a priori de l'écart et de la relation entre les deux qui compte, justement pour parvenir enfin à l'analyse réelle. 

« Indubitablement place doit être laissée à l'accompagnement esthésico-sensible d'un discours aberrant et, en cet accompagnement à la sensibilisation, à une altération. Une destinée esthétique radicale se dessine par-delà les théorisations (...) » (p. 104). Comprenons qu'un retournement peut à nouveau s'opérer, comparable à celui qui nous fit passer de Freud à Lacan, mais pas seulement afin d'« accompagner » la rigueur symbolique à l'œuvre dans l'analyse : c'est bien d'une destinée esthétique radicale qu'il s'agit, comme supportant la dimension aberrante ou réelle du sujet, et posant cette fois le problème difficile des rapports entre psychanalyse et phénoménologie. On peut sans doute affirmer que, pour Valdinoci, l'une et l'autre bien comprises conduisent pareillement à l'analyse. Exhibons quelques formules explosives de l'auteur : « La psychiatrie clinique est la plus parfaite résistance contre le destin hégémonique culturel (et non clinique) de Freud » (p. 102) ; « plus que jamais une psychiatrie phénoménologique est nécessaire afin que soit débrouillé le nœud gordien de la perception » (id.) ; « la psychiatrie phénoménologique donne à penser la terre perceptive préliminaire, dans laquelle s'inscrit ensuite la psychiatrie » (id.) ; « au vrai c'est toute l'idée de synthétique philosophique qui est à éliminer au bénéfice d'une analytique supérieure » (id.). On comprend mieux ainsi le rôle dévolu à chacune des disciplines : la psychiatrie clinique (percevoir l'altération, contre l'idéologie analytique), la psychiatrie phénoménologique (distinguer d'une part altération et aberration, dégager d'autre part leur sol perceptif commun), l'analyse réelle (critiquer et emplacer la philosophie dans le vis à vis de la psychiatrie classique, et bien sûr analyser « réellement »). L'importance du réel, pas moins que de l'anarchie subjective, devient déterminante dans l'argumentation qui débouche sur une perception renouvelée, équivalente de l'analyse réelle. Alors que la philosophie, notamment kantienne, oppose toujours la perception du réel et l'aperception subjective, Valdinoci soutient que « la perception bien comprise est cette opération où, selon nous, le réel ne se réfléchit pas en domaine objectif » (p. 105). Le plus surprenant est le jugement que l'auteur porte désormais sur Lacan, censé procèder « d'une analyse réelle qui est aussi bien analyse du réel qu'analyse par le réel » (p. 105).

Avant de vérifier cette dernière hypothèse, essayons de comprendre ce que l'auteur entend lui-même par « analyse réelle ». Avouons tout de suite notre embarras devant la confusion que l'on pourrait faire entre perception et analyse d'une part, entre sujet et réel d'autre part. Le départ semble sans ambiguïté aucune : « Il faut appliquer au sujet le traitement que Husserl applique au monde naturel, c'est-à-dire le "mettre entre parenthèses" et décider de l'aberration subjective. Cela veut dire travailler sur de véritables structures noético-noématiques » (p. 106). En effet le principe d'analyse, fondé sur la corrélation, chasse la visée totalisante et temporalisante d'une conscience intentionnelle. Valdinoci propose donc de retourner au natif, à l'étonnement aristotélicien, au il y a de Merleau-Ponty. Le but de ce retour est de susciter une nouvelle tradition perceptive, loin de la vulgate gréco-européenne. Mais l'« aberration subjective » et la « perception analytique réelle » se situent-elles au même niveau ? La psychiatrie phénoménologique, qui dégage le fond aberrant de toute altération clinique, sert-elle seulement de relais vers l'analytique réelle, ou bien le principe d'anarchie (subjectif et aberratif) avec l'accès possible à un pathisme originaire (jouissance?) est-il déjà le réel analytique ? Il y a une ambiguïté et le cas échéant une grande difficulté à ramener ainsi le réel sur le sujet, fût-il le plus « aberrant ». A supposer même que les deux composantes phénoménologique et analytique soient distinctes, il resterait à prouver que le réel-rien-que-réel (pour parler cette fois comme F. Laruelle) relève lui-même d’une analytique. Peut-être l'analyse selon S. Valdinoci a-t-elle une portée plus « réelle » que dans la version psychanalytique, mais il clair que dans son acception la plus radicale – celle de F. Laruelle –, le réel comme Un n'est pas plus analytique qu'analysable. Cela parce qu'en vertu des corrélations que contient au moins en droit le principe d'analyse, la radicalité absolue du réel serait immédiatement subjectivée ; corrélations avec l'affectif, le perceptif, etc., qui aussi radicalisés eux-mêmes qu'ils puissent l'être chez S. Valdinoci, finissent quand même par être surdéterminants. Le passage de la phénoménologie vers l'analyse réelle demeure pour le moins problématique.



[1] Serge Valdinoci, « Le principe d'analyse subjective et la psychanalyse », in Sujet et subjectivité, Toulouse, Erès, 1990.

Une clinique endoceptive

Serge Valdinoci a travaillé en profondeur le concept de clinique, en particulier dans son ouvrage Vers une méthode d'europanalyse (1995). Je me propose d'en restituer ici,  très brièvement, quelques aspects. Dans cette théorie donc il n'est plus question de psychanalyse mais d'"europanalyse", soit une analyse dans l'interne, et si la clinique est préservée c'est pour donner "lieu" à une inclinaison qui correspond moins à une position du sujet qu'à une "posture" humaine en immanence. Il s'agit d'invertir en général plus que de convertir (à la manière de l'hystérique), en l'occurrence inverser la clinique subjective de l'acte en une clinique humaine du tact. Valdinoci postule un minimal de pensée qu'il appelle la pensée endoceptive, ou pensée noire, ou encore pensée première qui se caractérise comme étant non-position mais plutôt inclinaison. Au rebours de la pensée seconde au sens philosophico-historique, la pensée première se déprend de toute conscience de soi et adopte une posture, un "être-en-position" clinique. "Clinique" signifie en l'occurrence que cette pensée première "ausculte" la pensée sous son espèce seconde en elle-même, ou encore qu'elle "s'ausculte comme Autre (philosophique) en l'Un d'homme" (Valdinoci). Le principe d'analyse réside justement dans cette possibilité en général de l'Autre-en-Un, elle est analyse de "crise" ou de séparation de la pensée d'avec l'homme ; tandis que le principe de clinique réside plus précisément dans l'autoauscultation, ou torsion de soi, ou encore catharsis de la pensée en tant qu'elle s'apparaît sous sa forme philosophique. Il ne s'agit surtout pas d'une clinique naïve autopratiquée à même les énergies du corps, dans un esprit reichien par exemple. Cette clinique a une chance d'intégrer la psychanalyse dès lors au contraire qu'elle se pratique à même le langage, à condition que le statut de celui-ci soit à son tour réformé, inversé ou "tordu" de telle sorte que la description représentationnelle rejoigne une inscription préalable. D'où une méthode dite de "description-en-inscription", ou méthode en zigzag, chargée d'effectuer un passage dans la limite par opposition au passage à la limite utilisé habituellement en philosophie. 

mardi 4 juin 2013

Petit lexique sur le concept de JOUISSANCE d'un point de vue non-psychanalytique

ACTE
Selon la psychanalyse il n'y a pas de jouissance de l'acte (suicidaire, en particulier) qui ne soit en même temps parole, significantisation (suicides manqués délibérément) ou inscription (suicides avec volonté de mourir). Dans tous les cas la jouissance de l'acte, d'abord dualité analytique, se résout en une triade unitaire puisque les termes de jouissance, de signifiance et d'acte font évidemment système. Nous en restons à une notion à la fois commune et confuse d'"acte de jouissance" tandis que celle de "jouissance de l'acte" reste entièrement à élaborer.

ALIENATION
L'aliénation est pour Lacan cette synthèse paradoxale, à la fois négative et unitaire, du sujet et de l'Autre. Au contraire, nous pensons qu'il faut la rabattre exclusivement sur l'un des termes de cette hyper-aliénation que peut être la jouissance en tant qu'altérité pure, mais non pas comme espace problématique entre le sujet et l'Autre. Il s'agit pour une part d'une "relation" constitutive du sujet en tant qu'Autre, et d'autre part, pour la circonstance, d'une relation à cet objet mixte et contingent que redevient alors le nœud intersubjectif de l'aliénation, en tant que mélange du sujet et de l'Autre dans la théorie de Lacan.

AMOUR
Pourquoi la jouissance devrait-elle "condescendre" au désir, selon le mot de Lacan, si ce n'est pour descendre du pic où on la suppose, en ce point de réel inaccessible à l'être parlant, aussi bien impossible à formuler qu'à soutenir ? "Condescendre" est le mot juste puisqu'il souligne ici un mouvement réciproque entre le désir et la jouissance, mais aussi une circularité entre celle-ci et l'amour dès lors que la jouissance amoureuse se retourne inévitablement en amour de la jouissance. Lacan s'en tient à ce mixte de jouissance et d'amour, structuré en dernier ressort par le désir ; au contraire nous affirmerons la réalité d'une jouissance de l'amour, puis la condition réelle et non objectivée de l'aimé.