dimanche 1 septembre 2013

La topologie remise à sa place



F. Laruelle a critiqué, sinon directement la pratique lacanienne de la topologie, du moins l'idéal topologique omniprésent dans la pensée contemporaine. Il l'a analysé comme une théorie/pratique d'essence philosophique et unitaire, à la recherche d'une fausse immanence (confusion de la place ou du lieu avec le réel, ou position simultanée des deux) ; il a dénoncé le préjugé de l'"opération" en général qui fait dépendre étroitement la place de la mise en place, le lieu du donnant lieu, le topos du logos, et finalement la topologie d'une dialectique plus vaste et plus puissante. La topologie, obnubilée par la substitution des places, le retournement et la torsion des surfaces, la scission et la coupure a finalement oublié le "site originaire" qui est sa véritable condition de possibilité. La "vérité absolue et finie de la place" (Une biographie de l'homme ordinaire, p. 124) relève d'une topique plus originaire et plus fondamentale que toute topologie et toute dialectique. La "chora" ou l'em-placement est pensé par Laruelle comme le "corrélat immédiat de la finitude transcendantale de l'homme" (id.), "humanité" ou réel de dernière instance avec lequel elle ne peut donc pas se confondre. Laruelle fait remarquer que la topo-logie finit toujours par avaliser une pensée de la force, une physique ou dynamique qui assimile in fine la force (ou le pouvoir) et le réel : on voit que la catégorie lacanienne de jouissance est concernée. Même si la jouissance ne se confond pas avec le réel (ni bien sûr avec la force ou l'énergie), elle est dans le vécu humain (en tant que "sentir" ou "agir") ce qui s'en rapproche le plus. Au contraire pour Laruelle, avant toute pratique logo-topologique de la distance, de la coupure paradoxale, etc., il convient d'isoler soigneusement l'univers topologique en tant qu'"espace" de jouissance - voire de jeux et de paradoxes, etc. - du réel un et fini (autre nom de la finitude humaine) et même de la "chora" primitive qui en tant que corrélat de l'Un n'admet pas encore de distance : c'est l'emplacement, la jouissance de la place plutôt que la place de la jouissance. Mais il n'y a pas de "réel" topologique, pas d'unité-des-différences... sinon dans une extériorité déjà constituée qu'on peut donc appeler la Jouissance, mais dépendant en dernière instance du réel et ne s'"approchant" en aucune manière de lui. Pas de "relations de voisinage" ; le réel n'est pas d'essence topologique. Lacan lui-même n'allait pas jusque là puisqu'il associait plutôt le topologique et le fantasmatique, mixte de réel et d'imaginaire... à dominante imaginaire. Le réel, l'homme, c'est l'Un avant toute différence et toute unité des contraires. Mais ce n'est pas l'Un de l'Autre, celui de Lacan, qui intervient dans la coupure et la limite. Pour finir, rappelons avec Laruelle que c'est bien "toute la pratique philosophique de la limite qui est en cause" (ibid. p. 128) L'Un n'est plus ce qui crée l'unité, soit par synthèse soit par exclusion de lui-même (comme chez Lacan), ni ce qui délimite une totalité, une extériorité. Celle-ci est donnée dès avant toute limite, par l'Un lui-même et unilatéralement, parce qu'il est le limité réel sans force et sans opérativité.