vendredi 21 octobre 2016

Le nouvel esprit de la recherche philosophique et l’épistémologie générique


D’après une lecture de François Laruelle, Introduction aux sciences génériques (2008)

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1. Le concept de science générique
La philosophie n’est-elle pas coupable d’un certain « abus de pouvoir » épistémologique à l’encontre des sciences positives ? A rebours d’une telle position (complexe ?) de supériorité  philosophique, on emploiera « générique » à propos d’un type de connaissances capables de s’ajouter à d’autres et de les transformer sans pour autant nier leur légitimité – ajout et respect plus efficaces que les simples « métissage » ou « transferts » opérés au nom de l’« interdisciplinarité ». Grâce au concept de science générique, il s’agit d’éviter le piège d’une fausse réciprocité entre philosophie et science. Le générique ne doit pas être confondu avec une généralité moyenne, sous-produit de l’universel philosophique ; au contraire il libère tout savoir ou toute recherche de l’horizon de la totalité, en les réorientant en fonction d’un « sujet » spécifique.
Imaginons, plutôt qu’une nième « philosophie comme science rigoureuse », ramenant les sciences dans le giron de la philosophie, une recherche philosophique effectuée dans l’esprit de la science.
Donner leur « concept » aux savoirs génériques émergeants est une tâche elle-même inédite.
D’abord le générique doit pouvoir se dire à propos des sciences et plus seulement de certaines connaissances. Puis on qualifiera de « générique » une pensée-science autonome, capable d’agencer les sciences avec les philosophies sans les limiter mutuellement, simplement sur la base d’un facteur additionnel = X.
De telles sciences génériques serviraient d’interface entre d’une part l’identité (elle-même non-philosophique) de la philosophie et d’autre part les savoirs disciplinaires (qu’ils soient philosophiques ou scientifiques).
Contre l’épistémologie philosophique et loin de toute philosophie positiviste, une science générique « paradigmatique » obligerait toute connaissance scientifique et toute thèse philosophique à se déterminer en fonction de la constante générique, humaine en-dernière-instance.